Netanyahou éconduit son hôte allemand
- Publié le 26-04-2017 à 21h32
- Mis à jour le 26-04-2017 à 21h33

Le Premier ministre ne souhaite plus recevoir les diplomates qui rencontrent des ONG anti-israéliennes. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a annulé une réunion prévue le mardi 25 avril avec le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, en visite officielle depuis la veille en Israël.
Par l'intermédiaire des médias, il avait d'abord prévenu qu'il ne recevrait pas le ministre si ce dernier maintenait sa rencontre avec les associations israéliennes de défense des droits de l'homme, Breaking the Silence et B'Tselem. Sigmar Gabriel ne s'est pas plié à son ultimatum, considérant que ce type de rencontre était "totalement normal" et qu'il lui serait "inconcevable" d'annuler un rendez-vous avec un dirigeant israélien si ce dernier s'entretenait avec des figures d'opposition en Allemagne.
Les raisons invoquées par M. Netanyahou sont cependant très claires. "Les diplomates sont les bienvenus pour rencontrer des représentants de la société civile", dit le Premier ministre, mais il se refusera à rencontrer "ceux qui accordent une légitimité à des organisations qui incriminent des soldats israéliens", indique un communiqué publié par son bureau le 25 avril.
"Lutter contre le déni"
Breaking the silence rapporte les témoignages d'anciens soldats israéliens pendant leur service dans les territoires palestiniens occupés ou bien lors des opérations militaires dans la bande de Gaza. De son côté, B'Tselem collecte et publie des informations sur les violations des droits de l'homme en Cisjordanie. C'est d'ailleurs un de ses bénévoles qui avait filmé à Hébron le soldat israélien Elor Azaria tirant sur un assaillant palestinien déjà neutralisé, provoquant la mort de celui-ci, en mars 2016. Le procès du sous-officier, très médiatisé, a ensuite profondément divisé la société.
Ces organisations non gouvernementales (ONG) militent donc pour dénoncer l'occupation israélienne et "lutter contre le phénomène de déni, courant dans le public israélien" (selon les mots de B'Tselem).
Les prochains hôtes sont prévenus
Mais en enquêtant ainsi sur les agissements de l'armée, une des principales institutions du pays, ces organisations stigmatisent la société israélienne, esquintent son identité ethnique et collective, explique Ofer Zalzberg, analyste israélien pour l'ONG International Crisis Group.
"Si c'était une critique dirigée seulement contre l'Etat, ce serait différent", poursuit-il. Mais elles remettent là en cause "la loyauté à la nation", prise au sens de "communauté". En Israël, le service militaire est obligatoire: tout soldat sert pour protéger les siens. Autrement dit, "l'armée, c'est nous" et la stratégie adoptée par ces ONG est ressentie comme "une agression" par beaucoup.
D'ailleurs, le gouvernement israélien actuel, très à droite, et critiqué par la communauté internationale pour la poursuite de la colonisation en Cisjordanie, tente d'en limiter l'influence. Il a fait adopter en juillet 2016 une loi obligeant les associations israéliennes qui reçoivent plus de la moitié de leur financement de l'étranger à en préciser l'origine. Une loi "démocratique et nécessaire", selon M. Netanyahou. Or la plupart de celles qui bénéficient de tels soutiens sont des organisations opposées à la politique du gouvernement.
En février dernier, ce dernier avait vivement réagi après la rencontre du Premier ministre belge Charles Michel avec les responsables de B'Tselem et Breaking the Silence. "Le gouvernement belge doit choisir : changer de voie ou poursuivre une ligne anti-israélienne", avait déclaré le bureau du Premier ministre israélien dans un communiqué. Cette fois, Benjamin Netanyahou a donc pris les devants. Et prévenu ses prochains hôtes.