International Malgré les violences, la mobilisation contre le Président s’intensifie.

Plus de 240 morts et près de 2 000 blessés. C’est le bilan provisoire des deux mois et demi de violences qui ont éclaté au Nicaragua à la mi-avril. Le pays est déchiré par une crise politique entre opposants et partisans du président Daniel Ortega, accusé de confisquer le pouvoir et de brider les libertés. Dimanche, de nouveaux affrontements entre des opposants et les forces de l’ordre ont fait au moins 14 morts.

L’opposition a annoncé vendredi une grève générale, le 13 juillet, pour demander le départ du Président et la fin de la violence. Les Etats-Unis ont adopté des sanctions contre trois hauts responsables du pays, accusés de corruption et de graves violations des droits de l’homme, avant d’ordonner à leur personnel non essentiel de quitter le Nicaragua.

Daniel Ortega, ex-guerillero de 72 ans, occupe le pouvoir depuis 2007, réélu à trois reprises, après un premier mandat de 1979 à 1990 au lendemain de la révolution qui avait renversé le dictateur Anastasio Somoza. En mai dernier, selon un sondage Cid-Gallup, 63 % des personnes interrogées souhaitaient le départ du président nicaraguayen.

L’opposition, soutenue par l’Eglise, médiatrice du dialogue avec le pouvoir, exige qu’il organise des élections anticipées en mars 2019 au lieu de 2022, date de la fin de son mandat. Une demande rejetée samedi par le principal intéressé, au cours d’une manifestation de soutien de plusieurs milliers de ses partisans. "Ici, les règles sont établies par la Constitution" et "on ne peut pas changer les règles du jour au lendemain simplement parce que l’idée en est venue à un groupe de putschistes".

La Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a mandaté un groupe d’experts pour enquêter sur les violences qui se multiplient. Jeudi dernier, une opération policière meurtrière a été menée dans le Nord-Ouest, tuant trois jeunes dans la vingtaine.

Trois scénarios possibles

Les experts craignent soit une escalade des violences soit une "vénézuélanisation" de la crise, qui verrait le gouvernement l’emporter à l’usure. Une situation qui pourrait être évitée si la pression populaire et de la communauté internationale forçait le gouvernement à négocier une sortie de crise.

Le gouvernement dénonce toute manifestation d’opposition comme une "tentative de coup d’Etat" soutenue par les Etats-Unis. Pour autant, les analystes écartent tout retour à une guerre civile, comme celle des années 1970 et 1980.