Nouvelle débâcle de l’armée congolaise. Pourquoi ?

Marie-France Cros Publié le - Mis à jour le

International

La nouvelle rébellion en cours au Kivu, celle du M23, a un impact bien plus grand qu’elle ne devrait en raison de la débâcle de l’armée congolaise - qui n’en est pas encore une.

L’armée congolaise (FARDC) compte plus de 100 000 hommes. Le président Kabila, qui maintenait déjà plus d’un tiers de ses troupes au Kivu, les a fait renforcer ces dernières semaines par ses bataillons d’élite : les 321e et 322e, formés par la Belgique, les 41e et 42e, qui l’ont été par les Sud-Africains. Il est même question d’y envoyer les troupes formées par les Etats-Unis pour lutter, en Province orientale, contre la guérilla mystico-terroriste ougandaise LRA (Lord’s Resistance Army).

Comment expliquer, dans ces conditions, la succession de victoires du M23, bien moins fourni en troupes ?

D’une part, la nouvelle rébellion bénéficie de l’appui - avéré par un rapport d’experts au Conseil de sécurité - du Rwanda. Elle dispose ainsi d’armes (dont des mortiers) et de pièces d’équipement (dont des ceinturons) que n’utilise pas l’armée congolaise mais qui sont en usage dans l’armée rwandaise. En outre, les casques bleus de la Monusco (Mission de l’Onu pour la stabilisation du Congo) ont pu interroger des membres du M23 qui étaient Rwandais et déclaraient avoir été recrutés au Rwanda.

Face à eux, l’armée congolaise a bien quelques bataillons d’élite mais une grande partie des officiers sur le terrain n’ont jamais eu de formation militaire. Le Congo ne forme plus d’officiers ni de sous-officiers depuis vingt ans; l’Ecole de sous-officiers et l’Académie militaire n’ont rouvert qu’en 2011.

En outre, les militaires congolais ne disposent pratiquement ni de transports ni de logistique et sont contraints de communiquer par leurs téléphones portables personnels - quand il y a une couverture dans la zone (souvent en brousse) où ils se trouvent.

Diverses sources signalent, de plus, que le système mis au point par la coopération européenne (Eusec) pour assurer le paiement régulier des soldes fonctionne mal au Kivu, en particulier depuis la reprise de la guerre. Celle-ci permet aux officiers de gonfler, à leur profit, des factures de carburant non contrôlées et fait apparemment à nouveau évaporer une partie des soldes avant qu’elles arrivent dans la poche des soldats. Les dépenses occasionnées par la guerre, pour Kinshasa, seraient très importantes.

Découragés, les soldats n’ont pas le cœur à se battre et à de nombreuses reprises, l’armée a fui ses positions avant d’affronter le M23, laissant souvent sur place leurs armements - qui équipent à présent les rebelles. Les fuyards pillent, ce qui accroît l’hostilité de la population à leur égard - même si la rébellion du M23 s’attire elle aussi peu de sympathies, même chez les Tutsis.

On signale de plusieurs sources que les déserteurs sont nombreux. Une partie seulement fuit, généralement vers l’Ouest. D’autres vont renforcer les rangs du M23; il ne s’agirait plus seulement de Tutsis, cœur du M23, mais aussi d’autres ethnies kivutiennes.

Comment l’expliquer ? On suggère, au Kivu, à la fois le dégoût des défaites de l’armée - dont les bataillons d’élite ne connaissent souvent pas la région, ni ses problèmes ni les langues locales - mais aussi un désir de rallier celui qui semble le plus fort pour l’instant, dans l’espoir d’être en position de force lorsque viendra - nécessairement vu la faiblesse de l’armée congolaise - l’heure de négocier la paix.

Ce mouvement est accentué par la tendance des officiers non originaires de la région à se méfier des Tutsis (et parfois même des Kivutiens) restés loyaux, ce qui renforce le mouvement de désertions. Dans certaines positions militaires, au nord du Nord-Kivu, l’armée aurait vidé les lieux avant-même que le M23 ait la capacité de les prendre.

Les autres rébellions congolaises et étrangères en profitent aussi pour prendre ou reprendre des positions gagnées par l’armée depuis 2009.

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