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La France, comme la Belgique, sont incluses dans un programme de surveillance massif de leurs communications téléphoniques et Internet par la NSA américaine, a révélé lundi le quotidien "Le Monde".

Ce programme de l’Agence nationale de sécurité est intitulé "US-985D" et permet d’écouter et d’enregistrer des millions de données vocales, SMS, e-mails. Pour la seule journée du 7 janvier 2013, 7 millions de données ont été interceptées en France par la NSA, ce qui semble indiquer que l’activité de l’agence hors des frontières des Etats-Unis dépasse de loin l’analyse ciblée de quelques criminels ou terroristes. Ce programme fonctionne selon certains mots-clé qui enclenchent l’enregistrement automatiquement. "On constate que sur une période de trente jours, du 10 décembre 2012 au 8 janvier 2013, 70,3 millions d’enregistrements de données téléphoniques des Français ont été effectués par la NSA", explique "Le Monde".

La NSA utilise un programme intitulé "Boundless Informant". Celui-ci collecte non seulement les données téléphoniques (DNR) mais aussi les données numériques (DNI).

Le quotidien s’appuie sur les "archives Snowden", du nom de cet ancien consultant de la NSA aujourd’hui réfugié en Russie. Ces documents, souvent des diapositives, sont gérés du Brésil par le journaliste américain Glenn Greenwald, lequel conclut des contrats avec différents médias pour exploiter l’amas de documents par pays. En France, "Le Monde" a constitué une équipe d’une dizaine de journalistes pour enquêter sur ce dossier.

Les lignes fixes aussi visées

On savait déjà que la NSA avait conclu des accords avec les grands fournisseurs d’accès américains - tels Google, Yahoo, Microsoft, Facebook, Skype - pour obtenir de façon directe et légale des informations. On savait que le programme Xkeyscore permet aux analystes de deviner les mots-clé, les sites visités et les emails envoyés à partir d’un ordinateur.

On savait aussi que les GSM sont de véritables GPS en puissance, facilement "écoutables" par le moindre quidam. On peut aussi prendre le contrôle d’un portable et actionner de loin la fonction d’enregistrement à l’insu de son utilisateur. "Vous déposez votre portable sur la table lors d’une réunion, et il enregistre tout", souligne un expert belge.

Ce que le quotidien français révèle aussi, c’est que la NSA - via le programme Upstream - a accès aux communications qui transitent par les câbles sous-marins. Jusqu’ici, les lignes fixes étaient réputées les plus sûres. La NSA semble avoir accès à tout, si elle le veut, quand elle le veut.

La NSA considère qu’Edward Snowden a mis gravement en danger la sécurité des Etats-Unis en divulguant des documents "classifiés". Les autorités américaines renvoient aussi à la déclaration qu’a faite le 8 juin le directeur national du renseignement américain, James Clapper. Celui-ci assurait que "pour les personnes ciblées à l’extérieur de nos frontières, nous ne pouvons les viser sans des motifs légalement fondés, tels que la menace terroriste, informatique ou de prolifération nucléaire". De son côté, la Maison-Blanche a minimisé lundi soir la controverse née en France, assurant que Washington récupérait à l’étranger des données "du même genre que tous les pays".

Les ministres belges se sont renvoyés la balle

En Belgique, le monde politique réagit avec beaucoup de lenteur à cette problématique et n’a pris des initiatives que pour protéger le pays de la cybercriminalité.

Pendant des semaines, les ministres se sont renvoyés la balle pour savoir qui devait financer une agence fédérale de lutte contre la cybercriminalité. La découverte d’une hacking chez Belgacom a accéléré les choses, et depuis début octobre, une enveloppe de dix millions d’euros a été débloquée.

Dans l’affaire Belgacom, Elio Di Rupo a promis de réagir mais attend logiquement le résultat des enquêtes avant d’accuser le GCHQ britannique (Government Communications Headquarters) d’avoir piraté le réseau international de l’opérateur belge. Une plainte contre X a été déposée en justice tandis que le Premier ministre a demandé à la Sûreté de l’Etat de questionner le GCHQ à ce propos.

A l’origine, le projet de l’agence fédérale visait à mieux protéger les systèmes informatiques de l’Etat belge contre toute intrusion, de même que ceux des entreprises et des particuliers. Le problème, dans le cas des faits qui sont imputés à la NSA et au GCHQ, est que les Etats-Unis et le Royaume-Uni sont nos alliés et disposent du know-how nécessaire pour aider la Belgique.

A plusieurs reprises, la justice belge a eu accès chez des fournisseurs d’accès américains à des courriels envoyés par des suspects de terrorisme. Et lorsque le service de renseignement de l’armée (SGRS) belge a connu début 2013 une intrusion informatique, celui-ci a fait appel à des experts de la NSA pour le résoudre… et y mettre fin.