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L'Iran doit geler à partir de lundi une partie de ses activités nucléaires pour six mois, en échange d'une levée partielle des sanctions qui frappent son économie, première étape vers la négociation d'un compromis à plus long terme.

Les inspecteurs de l'AIEA, l'agence spécialisée de l'ONU, sont à pied d'oeuvre à Téhéran depuis samedi. Leur mission sera de rendre compte, dès ce lundi, des mesures concrètes prises par le pays pour respecter sa part de l'accord.

Le pas est mesuré, mais l'objectif final est ambitieux : mettre fin à dix années de bras de fer entre l'Iran et les grandes puissances à propos du programme nucléaire de Téhéran.

Le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif a ainsi dit dimanche espérer que le processus enclenché donnera "des résultats positifs pour le pays, mais aussi pour la paix et la sécurité dans la région et dans le monde".

Le chemin à parcourir durant les six prochains mois est semé de nombreux écueils susceptibles d'enrayer le processus, à commencer par d'éventuelles nouvelles sanctions que déciderait le Congrès américain contre la République islamique.

L'accord conclu le 24 novembre à Genève par Téhéran et les 5+1 -- Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne -- prévoit la limitation de l'enrichissement de l'uranium par Téhéran à de faibles niveaux.

L'enrichissement, effectué à l'aide de centrifugeuses, est au centre des inquiétudes de la communauté internationale, car un uranium hautement enrichi peut servir à la fabrication d'une bombe atomique, même si la République islamique a toujours nié vouloir se doter d'un arsenal nucléaire.

L'Iran s'est également engagé à limiter l'enrichissement d'uranium à 5%, transformer son stock d'uranium à 20%, geler à leur niveau actuel ses activités dans les sites de Natanz et Fordo ainsi qu'au réacteur à eau lourde d'Arak, et à mettre un terme à l'installation de nouvelles centrifugeuses dans ces sites.

En échange, les six puissances diplomatiques vont lever, sur la période intérimaire de six mois, une partie de leurs sanctions, pour un ensemble de près de 7 milliards de dollars (plus de 5 milliards d'euros).

Cela inclut notamment la levée des restrictions sur les exportations pétrochimiques, le commerce de l'or, le maintien des exportations de pétrole à leur niveau actuel, la levée les sanctions contre l'industrie automobile et le déblocage graduel de 4,2 milliards de dollars des avoirs iraniens gelés dans le monde.

L'essentiel des sanctions, maintenu pour le moment, va toutefois priver l'Iran de 30 milliards de dollars de revenus provenant du pétrole pendant les six mois, tandis que la plupart des avoirs iraniens à l'étranger (près de 100 milliards de dollars) resteront gelés, a souligné la Maison-Blanche.

Pour pouvoir accéder à ces fonds, et pour une levée totale des sanctions, Téhéran devra accepter des restrictions plus importantes et permanentes de ses activités nucléaires.

Selon Mark Fitzpatrick, ancien responsable au Département d'Etat américain et désormais analyste à l'Institut international d'études stratégiques (IISS), les puissances occidentales voudront une réduction drastique du nombre de centrifugeuses à 3.000 ou 4.000, contre 19.000 actuellement.

Elles devraient également demander l'arrêt définitif de la centrale d'enrichissement de Fordo, des modifications du réacteur à eau lourde d'Arak actuellement en construction pour qu'il ne puisse pas produire du plutonium utilisé pour une bombe nucléaire, et la réduction du stock d'uranium enrichi jusqu'à 5% de sorte qu'il soit insuffisant à la fabrication d'une bombe.

Les tenants de la ligne dure en Iran, où le programme nucléaire est vu comme une source de fierté nationale, pourraient considérer ces exigences comme trop importantes. De l'autre côté, elles pourraient être vues comme bien trop tièdes aux Etats-Unis et en Israël.

Le président américain Barack Obama, qui essaie de persuader les élus américains de ne pas voter de nouvelles sanctions, a estimé en décembre à "50-50", les chances de conclure un accord.

Une estimation jugée "extrêmement optimiste" par Mark Fitzpatrick, tandis que le président iranien, Hassan Rohani, a prévenu que la route vers un accord serait "longue".