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"En pleine guerre froide, les Etats-Unis ont joué un rôle dans le renversement d'un gouvernement iranien démocratiquement élu", a dit M. Obama dans un grand discours prononcé au Caire à l'adresse des musulmans.

Cette admission au plus haut niveau, la première de la part d'un président américain en exercice, ne devrait pas échapper au régime iranien. L'organisation par les agents de la CIA, avec les Britanniques, de ce coup d'Etat a durablement marqué les esprits iraniens. Elle est l'un des griefs constants faits par le régime islamique au gouvernement américain.

Motivé par le contrôle des ressources du pétrole, le coup d'Etat matérialise pour beaucoup d'Iraniens la duplicité des Etats-Unis qui se posent en défenseurs des libertés mais n'hésitent pas à recourir à de basses méthodes pour faire tomber au nom d'intérêts économiques et stratégiques un gouvernement démocratiquement élu. Quelques jours seulement après l'investiture de M. Obama le 20 janvier, son homologue Mahmoud Ahmadinejad avait réclamé de sa part des excuses pour les "crimes" commis, selon lui, par les Etats-Unis contre l'Iran, à commencer par le coup d'Etat de 1953.

Les Etats-Unis et l'Iran n'ont plus de relations diplomatiques depuis 1980. Depuis la Révolution islamique de 1979, les intérêts américains et iraniens se sont heurtés frontalement dans la région ou au Conseil de sécurité des Nations unies.

Les activités nucléaires iraniennes cristallisent aujourd'hui la confrontation, et les présidents américains se réservent le recours à la force pour empêcher l'Iran d'avoir la bombe atomique. M. Obama a cependant décidé de rompre avec la diplomatie iranienne de son prédécesseur George W. Bush et d'accepter que son administration engage un dialogue ferme avec le régime islamique. Depuis janvier, il a multiplié les ouvertures, et la reconnaissance de la responsabilité américaine dans le coup d'Etat de 1953 en est une illustration supplémentaire.

James Zogby, président de l'Institut arabo-américain, relève que la participation de la CIA au coup d'Etat n'est pas une "surprise" puisqu'elle est de notoriété publique. Mais il ne se souvient pas qu'un président américain ait jamais reconnu ces faits. Il voit là une "déclaration très importante, c'est un premier pas pour tourner la page".

L'une des reconnaissances les plus illustres des faits de 1953 reste celle de la secrétaire d'Etat Madeleine Albright en 2000.

En faisant de même, M. Obama voulait "adresser un message disant que les Etats-Unis sont prêts à regarder vers l'avenir, c'est vraiment à l'Iran qu'il appartient d'aller de l'avant", a dit un haut responsable de l'administration américaine sous le couvert de l'anonymat.

Dans son discours, M. Obama a reconnu qu'il serait "difficile de surmonter des décennies de méfiance" entre les Etats-Unis et l'Iran, mais a dit vouloir s'y atteler "avec courage, droiture et détermination".

Il a fait valoir que l'Iran aussi avait des torts, comme la prise d'otages d'une cinquantaine de diplomates américains à Téhéran en 1979 et pendant plus d'un an. "Nos deux pays auront beaucoup de questions à discuter, et nous sommes disposés à aller de l'avant, sans condition préalable et en nous fondant sur le respect mutuel", a-t-il dit. Mais, a-t-il ajouté, la querelle sur le nucléaire iranien est à un "tournant décisif".