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L’islamologue Olivier Roy a dressé lundi soir à l’Institut Royal des Relations Internationales (IRRI-Egmont) le profil type des djihadistes de Daech. Selon lui, "la plupart sont des born again, qui font un retour brutal au religieux. On ne trouve pas de piliers de mosquées, sauf chez certains convertis qui ont passé un an dans une madrassa au Yémen".

Olivier Roy était à Bruxelles à l’invitation du Palais, où il a eu un entretien avec le roi Philippe.

L’islamologue français s’inscrit en faux contre la théorie selon laquelle les djihadistes seraient en rupture pour des raisons sociales ou par vengeance contre la politique de colonisation menée par les grandes puissances européennes jusque dans les années 60. Il est pour cette raison souvent opposé à l’autre islamologue, Gilles Kepel, avec qui il croise le fer volontiers.

« Beaucoup de jeunes radicaux sont très bien intégrés », dit-il. "Le facteur de paupérisation n’est pas dominant ». Il note que le département français qui a exporté le plus de djihadistes en 2015, en chiffres absolus, n’est pas Marseille, malgré sa forte concentration de Français d’origine maghrébine, mais... les Alpes-Maritimes, « c’est-à-dire Nice », puis en second, Paris. « A ma connaissance, aucun terroriste ne vient de Marseille", ajoute-t-il.

Depuis les attentats du GIA algérien dans les années 80, le profil type des djihadistes a peu évolué. Mais la vague Daech comporte aussi des traits particuliers : l’attentat suicide (autrefois utilisé par le Hezbollah chiite ou les Tigres Tamouls), l’enrôlement des jeunes femmes (40 % des départs vers la Syrie actuellement, selon lui), la présence assez importante de convertis et des jeunes issus de départements d’Outre-Mer (comme les frères Clain, originaires de La Réunion), le rôle dominant des fratries (comme les frères Abdeslam).

Ce qui frappe Olivier Roy, c’est que cette génération n’est pas inspirée principalement par le salafisme mais se trouve "dans une perspective suicidaire, nihiliste, non utopiste », qui ne fait aucune référence à un conflit particulier. Sa violence est mise en scène par Daech. « On a appris que les exécutions sont répétées (...), qu’il y a un metteur en scène, que les textes sont répétés", dit-il à propos des macabres vidéos d’exécutions que l’organisation diffuse sur la Toile.

En quelque sorte, Daech serait venu puiser "dans un réservoir existant" dans les pays européens, enrôlant des jeunes issus de l’immigration qui se donnent un rôle de « héros vengeur » dans un monde quasi-virtuel et qui se sont rebellés contre la religion de leurs parents.

Ce qui fait dire au professeur de l’Institut européen de Florence qu’il ne sert à rien de vouloir fermer en Europe les mosquées salafistes pour combattre le terrorisme. Le problème est selon lui ailleurs.