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Les dieux sont tombés sur la tête en Birmanie, rien n’y est plus comme avant. Pour un peu, les prisons deviendraient des centres de loisirs et les casernes des havres de paix. C’est comme si un gaz mystérieux s’était répandu dans le pays, changeant les méchants en braves gens, la junte en gouvernement civil, les épouvantails bornés en esprits ouverts, les idiots en génies, les indécrottables conservateurs en réformateurs éclairés Un vrai conte de fées.

Les vieux généraux qui, hier encore, tyrannisaient le peuple le plus aimable d’Asie, assurent ne plus vouloir jurer que par la démocratie, et ces ploucs ouvertement xénophobes font sans vergogne de l’œil aux délégations étrangères qui se bousculent désormais à l’aéroport de Rangoon.

Aung San Suu Kyi, qui a passé deux décennies en résidence surveillée, quand elle n’était pas en prison, parade dans les rues, reçoit des ministres et des journalistes occidentaux, fait campagne pour être élue au Parlement et se verrait bien au pouvoir, aux côtés de ces militaires qui, il y a peu, la haïssaient copieusement et vice versa.

La communauté internationale, qui empilait les sanctions diplomatiques et commerciales, songe maintenant à "récompenser" les autorités birmanes pour leurs bonnes actions.

On croit rêver et on ne peut s’empêcher de craindre un réveil brutal. On a beau deviner pourquoi la dictature la plus bête du monde (celle qui, en 1990, parvint à perdre les élections qu’elle avait truquées) brûle les étapes pour se refaire une virginité, on redoute que l’enjeu ne soit finalement pas assez important pour prévenir un retour de grosse manivelle quand la nomenklatura craindra pour ses privilèges, voire pour sa survie.

Cet enjeu est pourtant de taille. Il s’agit du retard colossal que la Birmanie a pris sur ses voisins, dans une des régions les plus dynamiques du monde, et de l’emprise que la Chine exerce sur une nation qui a le nationalisme à fleur de peau. Les généraux veulent donc la levée des sanctions, la fin de l’isolement et l’arrivée de nouveaux amis (les Etats-Unis, l’Europe, l’Inde ) qui aideront à relâcher l’étreinte chinoise.

C’est une bonne nouvelle pour les Birmans et pour tous ceux qui aiment ce pays magnifique. Mais pour qu’elle tienne ses promesses, les Occidentaux seraient bien avisés de doser leurs "récompenses" et d’attendre que se dissipent les ombres qui planent sur la démocratie birmane. Les élections du 1er avril ne sont, par exemple, que partielles. Très partielles.