International

Ne manque-t-il pas un volet civil à la Monuc ? La stabilisation ne passe-t-elle pas par le développement économique ?

Absolument. C’est pour cela que nous avons créé le plan de stabilisation, repris par le gouvernement congolais. Des expériences, ailleurs, nous montrent que cet effort de stabilisation doit être mené sur plusieurs fronts. Bien sûr, il faut le rétablissement de l’autorité de l’Etat, de la police, de la justice mais aussi des services sociaux. L’infrastructure est absolument indispensable à l’Est, la relance agricole et avant tout l’emploi. Car sans emploi, que va-t-on faire de ces jeunes ? Ils intègrent les milices parce que c’est une source d’emploi. Je milite beaucoup pour que des projets de haute intensité de main-d’œuvre soient lancés.

Un autre élément très important est d’aider l’armée congolaise à se reconvertir. C’est un problème énorme. Maintenant, on a à peu près 40 000 hommes en uniforme au Nord-Kivu à la suite des différentes opérations d’intégration de ces derniers mois (60 000 pour les deux Kivu). Et cela, sans une garnison; il n’y a pas une seule garnison au Nord-Kivu. Et sans beaucoup d’appui. C’est un défi énorme. Où va-t-on mettre ces hommes ? C’est un problème social parce que les soldats qui partent au front emmènent leur famille avec eux.

Les processus d'intégration posent-ils problème ?

Il y a de temps en temps des problèmes. Tous les éléments ne s’intègrent pas facilement.

L’intégration a été, en premier lieu, un acte politique. Cela a été le moyen de mettre fin à la rébellion du CNDP et de réduire, progressivement, les groupes armés. Maintenant, il faut les payer; il faut les nourrir, les loger. Avant, ils faisaient ce qu’ils voulaient; ils érigeaient des barrages; ils percevaient des taxes; ils commettaient des pillages... à leur gré. Il faut compléter l’intégration accélérée avec une formation. Nous avons proposé au gouvernement que, progressivement, ces unités nouvellement intégrées passent dans des centres pour six mois de formation intensive, avec un appui des Nations unies. C’est la quatrième ou la cinquième vague d’intégration. Chaque fois, dans le passé, cela a posé des problèmes. On doit vraiment essayer de faire en sorte que cela fonctionne cette fois-ci. Il faut progressivement professionnaliser l’armée.

Au Sierra Leone, au Liberia, l’Onu avait un partenaire, sous la forme d’un pays qui acceptait de prendre les devants et de payer une bonne partie de la facture. Mais au Congo, la facture va être très importante. C’est une coalition qui doit s’en charger, en impliquant pleinement le gouvernement congolais. Vous n’aurez pas de stabilité sans sécurité. Et vous n’aurez pas de développement sans la sécurité et la stabilité.