"On se dirige vers un crash chez Ryanair"

Vdau Publié le - Mis à jour le

Exclusif
International

Le 26 juillet, trois avions de la compagnie low cost Ryanair se déclarent en danger au-dessus de l'aéroport de Valence et réclament un atterrissage d'urgence. Planifiés pour atterrir à Madrid, ils ont été contraints de changer de route en raison du mauvais temps et se sont immédiatement retrouvés dans une situation délicate, faute de carburant en suffisance pour rejoindre l'aéroport le plus proche et respecter la procédure normale d'atterrissage.

Jeudi dernier, c'est le syndicat allemand des pilotes qui s'en est pris à la compagnie irlandaise, s'insurgeant contre les pressions exercées sur les pilotes "pour faire des économies de carburant" au risque de mettre en danger l'équipage et l'ensemble des passagers.

"Ryanair fonctionne par bases", nous explique un ancien pilote de la compagnie sous couvert d'anonymat. "Chacune d'entre-elles dispose d'un chef qui fixe les quantités de carburant à octroyer à chaque avion et dont la prime dépend directement des économies qu'il parvient à réaliser. Quand le pilote prépare son plan de vol, il calcule la quantité exacte de carburant pour arriver à destination, plus une certaine marge d'erreur pour tenir en cas de problème. Chez Ryanair, cette marge d'erreur est réduite à l'extrême. Les chefs de base poussent systématiquement les pilotes à utiliser le moins de carburant possible et au-delà de 300 kg de fuel supplémentaire (moins de 10 minutes de vol, NDLR), ces-derniers doivent faire une déclaration écrite". "Les limites sont à ce point repoussées pour faire des économies qu'on se retrouve dans une situation dangereuse au moindre changement".

"Plus inquiétant encore", explique notre contact, "les pilotes sont classés en fonction de ce qu'ils consomment. Les 20 derniers sont systématiquement avertis et reçoivent une note qui leur intime de 'corriger le tir'".

Au beau milieu de l'été 2009, il entre en conflit avec son chef de base qui lui refuse une demande de carburant supplémentaire. "Je devais relier Francfort à Trévise", se remémore notre contact." Le trajet implique un passage délicat par les Alpes et ce matin-là, la carte météo indiquait clairement un risque d'orage. J'ai demandé un supplément de 500 kg de carburant (plus ou moins 15 minutes de vol) pour pouvoir dévier et éviter une situation dangereuse en cas de fortes turbulences, mais le chef de base a catégoriquement refusé. Je lui ai demandé pourquoi et il m'a laconiquement répondu que "c'était comme ça et que ça ne changerait pas". J'ai refusé, et je ne sais pas si vous vous rendez compte, mais voler dans de telles conditions aurait directement pu mettre en danger tout l'équipage et les 180 passagers".

Le lendemain, le pilote est convoqué à Dublin et renvoyé sur le champ. "Je connaissais les risques", poursuit-il. "Un pilote Ryanair a déjà dû atterrir avec une quantité de fuel bien plus faible que le minimum légal. S'il n'avait pas pu se poser directement, c'était le crash garanti parce que les moteurs se seraient arrêtés tout net".

Les réserves de carburant seraient donc calculées avec des marges bien trop courtes, et les avions... peu contrôlés. "Les pilotes de Ryanair n'ont que 25 minutes entre l'atterrissage et le départ", conclut notre homme. "C'est ridicule. Les inspecteurs n'ont même pas le temps de vérifier l'appareil et la loi leur impose de ne pas mettre un avion en retard. Avec Ryanair, qui réduit le temps d'attente au maximum, ils ne vérifient quasiment rien. On se dirige très clairement vers un crash. Sans parler du manque de formation et des réglementations de plus en plus laxistes".

Publicité clickBoxBanner