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Si le ton était plus posé, si les invectives n’étaient plus trop de mise, si la forme était plus soignée, le discours que Donald Trump a prononcé mardi, à New York, devant l’Assemblée générale des Nations unies, n’en a pas moins été beaucoup plus dur que celui de l’an dernier. Il portait assurément la marque des faucons qui ont repris en main la politique étrangère des États-Unis, à commencer par le conseiller à la Sécurité nationale, John Bolton, bien en vue sur les bancs de la délégation américaine, derrière le secrétaire d’État, Mike Pompeo, et l’ambassadeur auprès de l’Onu, Nikki Haley.

Outre la diatribe attendue contre l’Iran, mais aussi contre le Venezuela du président Maduro, qui incarne, aux yeux de Trump, tous les maux du “socialisme”, on en voudra pour preuve le revirement complet de la politique américaine en matière d’aide au développement. Le chef de l’exécutif a dit vouloir la réserver exclusivement désormais aux amis des États-Unis et aux pays qui “partagent leurs valeurs”.

Le courage de “Chairman Kim”

Le président américain n’a, par ailleurs, pas épargné grand monde dans son intervention. Il a, certes, sans surprise, fait l’éloge du numéro un nord-coréen. Celui qu’il raillait, l’an dernier, à la même tribune, en l’affublant du sobriquet de “Rocket Man”, est désormais loué pour son “courage” et appelé révérencieusement “Chairman Kim”. Donald Trump a par ailleurs donné à entendre que les progrès réalisés dans la dénucléarisation de la Corée du Nord étaient “bien plus grands” que ce que beaucoup de gens imaginent – une perception pourtant contredite en privé par de nombreux responsables de son administration.

Donald Trump a également salué l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar pour avoir renforcé leur lutte contre le financement du terrorisme. Riyad a eu droit à des compliments supplémentaires pour les réformes sociales récemment entreprises, tandis que le Président distinguait dans la foulée l’Inde (pour avoir “sorti un milliard de personnes de la pauvreté”), Israël (pour son 70e anniversaire) et la Pologne (pour chercher à consolider “son indépendance et sa sécurité” – une allusion à sa politique énergétique ?).

L’Iran, mais aussi la Chine

Pour le reste, ce sont des volées de bois vert que Donald Trump a distribuées. L’Iran en a reçu la plus belle part, se voyant qualifier de “dictature corrompue” qui “sème le chaos, la mort et la destruction”. Le président américain s’est naturellement félicité d’avoir dénoncé “l’horrible accord nucléaire de 2015” et appelé la communauté internationale à “isoler le premier sponsor du terrorisme dans le monde”. Il a, au passage, rappelé le rôle déstabilisateur joué par Téhéran “au Moyen-Orient et au-delà”, notamment en Syrie, où il promet au régime d’Assad “une réponse” s’il “déploie” de nouveau des armes chimiques.

La Chine en a pris également pour son grade. “J’ai un grand respect pour mon ami le président Xi, mais je lui ai dit que notre déficit commercial était inacceptable”, a expliqué Donald Trump, fustigeant ensuite tous ceux qui, au fil des années, ont honteusement profité de l’ouverture des frontières américaines. “Cette époque est révolue”, a-t-il martelé, avant de s’attaquer avec virulence aux pays de l’Opep, que les États-Unis “défendent gratuitement”, mais qui, en retour, les spolient en relevant les prix du pétrole.

Une absence de marque : la Russie

En entonnant son antienne sur les dangers d’une immigration non contrôlée, le président américain a poursuivi un argumentaire visant à démontrer la nécessité de faire prévaloir la souveraineté nationale sur le multilatéralisme et la globalisation, qu’il s’agisse de dénier à la Cour pénale internationale “toute légitimité” et “toute autorité”, ou de justifier la renégociation des traités commerciaux qui liaient les États-Unis (Trump en a profité pour épingler le tout nouvel accord conclu avec la Corée du Sud). Les États-Unis entendent bien décider seuls de tout ce qui les concerne, a conclu Donald Trump.

Ce qui n’aura pas manqué de frapper les esprits, dans un discours entièrement voué à la consécration de la souveraineté nationale, c’est l’absence de toute référence à la Russie, hormis brièvement dans une pique lancée à l’Allemagne qui, selon Donald Trump, “sera totalement dépendante de la Russie sur le plan énergétique” si elle ne change pas de cap. Les services de renseignement américains ont pourtant accusé Moscou d’avoir interféré dans le processus politique américain en cherchant à influencer l’issue de la dernière élection présidentielle. Comme s’il ne s’agissait donc pas d’une atteinte à la souveraineté des États-Unis.