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La Monuc "regrette profondément le fait que la force ait été utilisée pour régler une situation qui aurait pu et dû être résolue par le dialogue ". La Mission des Nations unies au Congo n'a pas caché son dépit vendredi soir après deux jours de combats à Kinshasa entre l'armée et la garde présidentielle, d'un côté, les troupes de l'ancien vice-Président et ancien rebelle Jean-Pierre Bemba, de l'autre.

Car le bilan, d'abord très parcellaire, a pris une autre dimension vendredi soir : d'après des sources diplomatiques et hospitalières, il y aurait eu au moins une soixantaine de morts dans ces affrontements qui, s'ils ont exacerbé des tensions latentes, auraient sans doute pu être évités (lire ci-dessous).

Vendredi, des tirs de mitrailleuses et de mortiers ont encore été enregistrés de 5h à 10h du matin dans le quartier de La Gombe, qui abrite des résidences de Jean-Pierre Bemba. Mais le candidat malheureux à l'élection présidentielle de 2006 ayant trouvé refuge à l'ambassade d'Afrique du Sud, ses hommes ont semblé montrer moins de détermination à se colleter avec les soldats de l'armée régulière et ceux de la garde présidentielle. Déjà en matinée, la Monuc faisait état de la reddition de membres des troupes de Bemba dans ses casernements. Au fil de la journée, les troupes gouvernementales ont donc progressivement contrôlé les zones troublées jusqu'à circonscrire les incidents à des cas isolés. Dans l'après-midi, on annonçait que la garde républicaine avait pénétré dans deux résidences de Jean-Pierre Bemba.

Victoire militaire du camp du président Kabila, donc, mais au prix fort. Lourd bilan humain d'abord, même si, vendredi soir, peu de détails filtraient des circonstances des soixante décès annoncés. Un exemple seulement pour donner un aperçu de la nature des combats : dans le quartier de la Bandalunga, une femme et son enfant ont perdu la vie dans le bombardement, par erreur, de leur habitation.

Incertitude, ensuite, sur les conséquences politiques de l'épreuve de force avec Jean-Pierre Bemba. Vendredi matin, un mandat d'arrêt était lancé contre lui pour "haute trahison", à savoir la violation des articles 188 et 190 de la constitution. Le premier stipule que "les Forces armées sont républicaines" et que "nul ne peut, sous peine de haute trahison, les détourner à des fins propres". D'après le second, "nul ne peut, sous peine de haute trahison, organiser des formations militaires, paramilitaires ou des milices privées, ni entretenir une jeunesse armée".

Certes, Jean-Pierre Bemba ne s'était pas conformé à l'accord prévoyant l'insertion dans l'armée pour le 15 mars de ses troupes. Mais était-il infondé de sa part de juger que la protection de 12 hommes qui lui était assignée s'avérerait insuffisante ? Un terrain d'entente ne pouvait-il pas être trouvé par le dialogue ?

Le président Kabila et le gouvernement Gizenga se trouvent peut-être confrontés, aujourd'hui, à un problème plus épineux que la contestation qu'il pouvait craindre du chef de l'opposition politique. Un Jean-Pierre Bemba, réfugié à l'étranger, ne sera-t-il pas plus dangereux pour le pouvoir en place et pour la démocratisation ? Car, on ne peut pas écarter l'hypothèse que le coup de force militaire de vendredi - Karel De Gucht avait affirmé jeudi que la responsabilité du début des incidents pouvait incomber au camp Kabila - ait servi en définitive une dérive autocratique du Président.

© La Libre Belgique 2007