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Le Canada, les Etats-Unis et le Mexique, sous forte pression pour conclure la renégociation de leur traité commercial Aléna, ont manifesté un regain d'optimisme jeudi, Ottawa affirmant qu'un "très bon accord" était possible.

"Pour être franc, nous en sommes au point où il y a une bonne proposition sur la table" et "il y a un très bon accord" possible, a assuré le Premier ministre canadien Justin Trudeau devant le Club économique de New York alors que le temps presse pour les trois partenaires soumis à des échéances politiques, en particulier aux Etats-Unis.

Le président de la Chambre américaine des représentants, Paul Ryan, a en effet exhorté, il y a quelques jours, l'administration américaine à faire connaître ses intentions sur l'Aléna d'ici jeudi soir si elle voulait que le Congrès, actuellement contrôlé par le parti républicain de Donald Trump, puisse voter sur un éventuel nouvel accord.

Il a néanmoins lâché du lest jeudi. Avec la poursuite des négociations sur l'accord de libre-échange nord américain (Aléna), il a en effet estimé qu'il y avait encore un peu de "marge de manoeuvre" avec le calendrier législatif, ce qui "donne à l'administration et à nos partenaires commerciaux deux autres semaines pour avoir un accord".

Le ministre mexicain de l'économie Ildefonso Guajardo a de son côté estimé possible un accord "à partir de la dernière semaine de mai".

"J'espère que cela arrivera dès que possible", a-t-il déclaré à des journalistes. "Nous sommes assis (autour de la table des négociations) depuis un mois pour tenter de parvenir à une nécessaire flexibilité", a-t-il ajouté.

Négociateurs américains, canadiens et mexicains travaillent depuis août dernier à la modernisation de cet accord en vigueur depuis 1994.

Epineux dossier automobile 

Les trois pays sont convenus que l'Aléna, vieux d'un quart de siècle, avait besoin d'un bain de jouvence pour intégrer des problématiques notamment sociales et environnementales qui n'existaient pas au moment de la signature du texte originel.

Le président américain a toutefois constamment menacé de sortir de l'Aléna, si aucun accord satisfaisant n'était trouvé, l'estimant responsable de la destruction de milliers d'emplois américains et de la délocalisation d'entreprises en particulier dans le secteur automobile.

Mais de nombreuses voix se sont élevées aux Etats-Unis dans le monde des affaires, notamment dans le secteur agricole, pour défendre l'Aléna.

Plus qu'un éventuel retrait américain, les discussions sont aujourd'hui brouillées par les perspectives des élections de mi-mandat ("midterms") le 6 novembre aux Etats-Unis et du scrutin présidentiel le 1er juillet au Mexique.

"Nous en sommes aux dernières discussions", a néanmoins renchéri Justin Trudeau, se disant "optimiste" tout en admettant que "les dernières discussions dans tout accord sont extrêmement importantes" et sans doute les plus difficiles.

Ces dernières semaines, l'essentiel des négociations a porté sur l'épineux dossier de l'automobile, Washington voulant imposer que les voitures fabriquées au Mexique ou au Canada soient largement composées de pièces usinées aux Etats-Unis.

Justin Trudeau a en outre affirmé que le Mexique avait "mis des propositions sur la table qui permettraient de réduire le déficit commercial des Etats-Unis avec Mexico et même rapatrier certains emplois automobiles du Mexique aux Etats-Unis".

Sur ce point, Ildefonso Guajardo a toutefois fait une mise au point dans un tweet. "Tout Aléna renégocié impliquant une perte d'emplois mexicains est inacceptable", a-t-il dit.

L'un des autres points d'achoppement est la proposition américaine d'ajouter une clause dite "crépusculaire" ("sunset clause") qui forcerait les parties à renégocier l'Aléna tous les cinq ans.

Le Canada et le Mexique rejettent avec force cette proposition, faisant valoir qu'elle est source d'incertitude pour le monde des affaires.

Cette clause "signifie que tous les cinq ans, l'Aléna pourrait s'éteindre à moins que nous ne travaillions activement pour l'étendre de cinq années", a commenté Justin Trudeau.

Le chef du gouvernement canadien a souligné que les entreprises étaient réticentes à faire des investissements de courte durée, misant davantage sur des investissements sur des périodes de 15, 20 voire 25 ans.

"Ce n'est pas fait tant que ce n'est pas fait", a conclu Justin Trudeau, soulignant que les négociateurs continuaient de "travailler très, très dur".