International La Cour suprême a refusé de destituer le Premier ministre, impliqué dans le scandale des "Panama Papers". 

Une capitale sous haute surveillance, des médias tenus en haleine. Le jugement de la Cour suprême, qui menaçait de faire tomber le Premier ministre ce jeudi, était attendu avec fébrilité. Finalement, les magistrats de la plus haute instance judiciaire pakistanaise ont accordé un répit à Nawaz Sharif. Dans un arrêt de 540 pages, ils ont décidé de ne pas pousser le chef du gouvernement à la démission, ordonnant toutefois qu’une commission d’enquête se penche sur son cas. Celle-ci sera composée de sept membres, dont des représentants de la Banque centrale, des membres des services de renseignement militaire, l’ISI et le MI, ainsi que des agents du bureau anti-corruption, le NAB. A eux de faire la lumière sur les révélations du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) parues l’an dernier et qui impliquent tout le clan Sharif.

Petit retour en arrière. Début avril 2016, l’ICIJ rend public des documents confidentiels du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca. On y apprend que les deux fils de Nawaz Sharif, Hasan et Hussein, ainsi que sa fille Mariam, détiennent des parts ou sont associés dans quatre entreprises enregistrées aux îles Vierges britanniques et au Liberia. Ces entités ont servi à acheter au moins six appartements dans des quartiers cossus de Londres, des opérations financées, pour certaines, grâce à un prêt de 7 millions de livres sterling (9 millions d’euros) accordé par la Deutsche Bank.

Une fortune jugée suspecte

Le scandale des "Panama Papers" éclate alors que depuis vingt-cinq ans, Nawaz Sharif traîne des accusations de corruption, de détournement de fonds publics et de fraude fiscale. De vieilles questions sur sa fortune ressortent et l’opposition exulte. Imran Khan, le chef du parti de la Justice, qui a longtemps fait campagne contre la corruption, y voit "un don du ciel". Quatre mois et demi plus tard, en août 2016, Imran Khan saisit la Cour suprême, persuadé qu’il tient une occasion de chasser son rival du pouvoir.

Car Nawaz Sharif est l’héritier d’un empire industriel, le groupe Ittefaq, au-dessus duquel plane depuis longtemps un parfum de scandale. Son père a diversifié les activités de l’acier vers le textile, le sucre et le ciment durant les années 80, usant de ses liens privilégiés avec la dictature militaire. Quand Nawaz Sharif est Premier ministre entre 1990 et 1993, les médias l’accusent d’avoir développé son conglomérat grâce à des emprunts qu’il n’a pas remboursés. En 2001, une enquête diligentée par l’armée met à jour 50 millions de dollars de dette jamais honorée. Un passif d’autant plus surprenant que le train de vie des Sharif détonne. La famille possède une splendide propriété à Raiwind, près de Lahore, avec un zoo privé. Plus étonnant encore, le multimillionnaire Sharif paye très peu d’impôt sur le revenu : moins de 10 dollars entre 1994 et 1996. Lorsqu’il se présente aux législatives de 2013, il déclare n’avoir payé que 18 000 euros d’impôts sur le revenu en 2012.

L’accusé crie au complot

Nawaz Sharif a toujours adopté la même défense face à ces accusations : c’est un complot de l’armée ou de ses opposants. Et lorsque l’ICIJ détaille l’enchevêtrement de sociétés offshore détenues par ses enfants, il rétorque en mai 2016 devant le Parlement que les appartements londoniens ont été achetés grâce à la vente de biens immobiliers au Pakistan. Sa famille répète aussi que posséder des entreprises aux îles Vierges n’est pas un crime. C’est désormais aux enquêteurs mandatés par la Cour d’éclaircir les investissements des Sharif, alors que les législatives auront lieu dans un an. De quoi gêner la candidature du Premier ministre qui pourrait être inéligible si les faits sont confirmés.