Panos Kammenos, l'encombrant allié de Tsipras
Panos Kammenos est un partenaire embarrassant pour Tsipras. Familier des déclarations à l'emporte-pièce, il a entamé sa carrière politique en affirmant, sans la moindre preuve, que le chef du groupe terroriste grec du 17 Novembre n'était autre que le Premier ministre de l'époque, le socialiste Andréas Papandréou.
- Publié le 28-01-2015 à 21h48
- Mis à jour le 29-01-2015 à 11h08

Dora, 38 ans, activiste de gauche, digère mal l'alliance conclue par Alexis Tsipras avec le parti souverainiste de droite des Grecs indépendants. "Pour moi c'est aussi dangereux que quand Loucas Papademos (Premier ministre sans étiquette de novembre 2011 à mai 2012) a fait entrer le parti ultranationaliste Laos dans le gouvernement d'Union nationale. Dans un pays où les néonazis (d'Aube dorée) sont depuis des années troisième force politique, on ne joue pas avec ça." Un avis partagé par nombre d'électeurs de Syriza que cette alliance contre-nature fait grincer des dents.
Pourtant, realpolitik oblige, Alexis Tsipras avait peu d'autres choix. Vu que la Parti communiste a refusé de le soutenir et qu'il lui manquait deux sièges pour obtenir la majorité absolue, deux options s'offraient à lui. Soit s'allier avec le parti To Potami qui n'était pas prêt à aller à l'affrontement avec la troïka (Commission, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international); soit conclure une alliance avec Panos Kammenos (à gauche sur la photo ci-dessus) qui a créé son parti, Anel, sur cet affrontement.
Le rapprochement entre les deux hommes s'est opéré après les législatives de 2012. Alexis Tsipras avait laissé entendre qu'il était prêt à accepter un coup de main de Kammenos. Dimitris Papadimoulis, autre ténor du Syriza, était alors monté au créneau : "Kammenos est à l'extrême droite du parti conservateur. Aucune collaboration entre nous et lui n'est possible." Le pragmatisme a prévalu.
Panos Kammenos est pourtant un partenaire embarrassant. Familier des déclarations à l'emporte-pièce, il a entamé sa carrière politique en affirmant, sans la moindre preuve, que le chef du groupe terroriste grec du 17 Novembre n'était autre que le Premier ministre de l'époque, le socialiste Andréas Papandréou.
Délires complotistes
En décembre dernier, il a déclaré lors d'une émission télévisée "que les juifs, les musulmans et les bouddhistes du pays ne payaient pas d'impôts pour leurs lieux de culte alors que les monastères orthodoxes étaient menacés de fermeture" - ce qui est faux.
Ce chrétien orthodoxe qui ne perd jamais une occasion de baiser la main d'un pope, s'est opposé à la crémation des morts, au mariage gay - et aux homosexuels tout court. Comment l'athée Tsipras s'en accommode-t-il ? Mystère.
Amateur de bonne cuisine, comme en témoigne son profil rebondi, Panos Kammenos, 49 ans, est la caricature du Méditerranéen. Il parle fort, ses propos relèvent souvent du café du commerce. Il a ainsi déclaré que "si les Grecs ne se révoltaient pas plus contre les mesures d'austérité, c'est parce que les avions étrangers les aspergeaient de produits chimiques lorsqu'ils survolaient le ciel grec".
Ministre de la marine de 2006 à 2008, il a notamment négocié la concession du port du Pirée aux Chinois, en 2008… que vient d'annuler le gouvernement dont il est ministre de la Défense. Panos Kammenos a quitté les conservateurs de la Nouvelle Démocratie en novembre 2011, quand son président (et futur Premier ministre) Antonis Samaras, a retourné sa veste, se muant en ardent défenseur du mémorandum d'austérité. Trois mois plus tard, Kammenos fondant l'Anel, expliquant que la Grèce "avait été victime d'un complot international".
"Cette alliance ne tiendra pas plus de deux ans", prédit Dora. "Il y aura des législatives anticipées et si le Syriza fait le minimum syndical il récoltera alors 80 %. On aura besoin d'aucun Kammenos pour gouverner."
Athènes lézarde la position de l'UE face à la Russie
Avant même la désignation d'Alexis Tsipras comme Premier ministre grec, c'est essentiellement le programme du parti de gauche radicale Syriza qui a retenu l'attention de ses partenaires européens. Mais à peine installé, le nouveau gouvernement grec s'est aussi démarqué sur le plan de la politique étrangère commune. Mardi, M. Tsipras a fait part de son désaccord quant au contenu d'un communiqué commun des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union concernant la Russie.
Plus tôt dans la journée, les services du président du Conseil européen, (le Polonais) Donald Tusk, avaient publié une déclaration conjointe des chefs des Vingt-huit dénonçant la responsabilité de Moscou dans "la détérioration de la situation humanitaire et sécuritaire à l'est de l'Ukraine". Samedi dernier, le bombardement à la roquette de la ville de Marioupol par les séparatistes pro-russes, a coûté la vie de trente personnes. Le communiqué demande aux ministres des Affaires étrangères de l'Union, qui se réunissent jeudi à Bruxelles, "d'envisager toute action appropriée, en particulier de nouvelles sanctions".
Alexis Tsipras a déclaré qu'il n'avait pas été dûment consulté et refusé d'approuver le contenu de ce communiqué. C'est pour la raison officielle. Syriza, cela dit, s'est jusqu'ici distingué par son attitude envers la Russie. Dès sa nomination comme Premier ministre, M. Tsipras a rencontré l'ambassadeur russe en Grèce. En mai 2014, il avait été reçu à Moscou par des proches du président Poutine. Il a appuyé le référendum "d'indépendance" de la péninsule ukrainienne de Crimée, dont les Européens ne reconnaissent pas le rattachement à la Russie. Il a aussi qualifié de contre-productives les sanctions contre la Russie.
Fragile unité européenne
Ce jeudi, les ministres des Affaires étrangères des Vingt-huit doivent se prononcer, à l'unanimité, sur la prolongation des sanctions contre la Russie jusqu'en décembre et prier la Commission de préparer un nouveau train de sanctions. Le chef de la diplomatie grecque, Nikos Kotizas, jouera-t-il l'obstruction? Rien n'est moins sûr. Athènes n'a pas intérêt à s'aliéner les autres capitales, avant que ne s'ouvrent les discussions sur le réaménagement de la dette grecque.
Il n'en reste pas moins que l'unité des Européens face à Moscou apparaît de plus en plus fragile. Les uns (Pologne, Etats baltes, président du Conseil européen…) restent partisans de la manière forte. D'autres (la France, l'Allemagne, la Hongrie, l'Italie, la Haute représentante Mogherini) sont plus enclins à faire preuve de souplesse.