Pas assez protégé, Hollande ?

Bernard Delattre - Correspondant permanent à Paris Publié le - Mis à jour le

Vidéo
International

Le dispositif de sécurité autour de François Hollande a été renforcé, jeudi. Quatorze agents du Service de protection des hautes personnalités (SPHP) encadrent désormais, en se relayant, le candidat du PS à l’Elysée. La veille, il avait subi un jet de farine, lors d’une réunion publique à Paris.

La femme qui l’a agressé dit avoir un contentieux avec les autorités municipales (socialistes) de Lille (Nord). Dernièrement, déjà, elle avait tenté de perturber une émission radio de la maire de cette ville, Martine Aubry. Jugée atteinte de troubles psychologiques, elle a été transférée mercredi soir à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris. Jeudi, elle a été admise en psychiatrie.

Le renforcement de la protection de François Hollande n’est pas lié à cet incident : il avait été décidé auparavant. Les policiers entrés à son service jeudi auraient d’ailleurs pu le faire dès la veille. Si un hasard de calendrier n’avait pas voulu qu’au moment précis de ce jet de farine, ils soient en réunion au siège de campagne de ce candidat, pour cadrer, avec son entourage, les derniers détails relatifs à sa protection

Il y a dix jours, déjà, lors d’un meeting au Bourget (banlieue parisienne), un spectateur avait lancé une chaussure en direction du socialiste. Et, début janvier, un déséquilibré avait été arrêté après avoir prétendu à la police que "quelqu’un" allait l’"abattre" pendant un meeting du PS à Mérignac (Gironde).

En janvier, toujours, "plusieurs courriers avec des menaces, dont un avec une balle de revolver", ont été adressés à la candidate verte, Eva Joly. Et, en juin, Nicolas Sarkozy, en déplacement à Agen (Lot), avait été vivement agrippé par un spectateur, ce qui avait conduit les gardes du corps présidentiels à intervenir.

Depuis 1994, les candidats à l’Elysée peuvent requérir une protection par le SPHP. Ce service de la police nationale compte 750 agents. L’ampleur de la protection dont bénéficie un candidat dépend de son profil politique, de son parcours (les ex-ministres de l’Intérieur, par exemple, sont d’office protégés), et de leur notoriété - leur médiatisation étant souvent ce qui donne des idées à leurs agresseurs.

Malgré ce dispositif, le jet de matières diverses sur des prétendants à l’Elysée est un classique des présidentielles. En 2006, la socialiste Ségolène Royal avait été "entartée". Comme l’avaient été, en 2002, le centriste François Bayrou et le souverainiste Jean-Pierre Chevènement. La même année, le socialiste Lionel Jospin avait eu droit à un jet de ketchup.

Les candidats à l’Elysée affichant leur souhait - comme le fit François Hollande, mercredi - d’"aller à la rencontre" de l’électeur , les modalités de leur protection font chaque fois l’objet d’âpres négociations avec les autorités.

"François Hollande ne voulait pas une protection rapprochée !", a assuré jeudi le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant. Il a attribué ce refus à "la défiance" de "l’entourage" du socialiste envers la police. Et a nié toute "faille" de ce corps, l’agression ayant été "bénigne".

Cela n’a pas empêché les critiques de pleuvoir à l’encontre des deux policiers qui, la veille, escortaient le socialiste.

C’est "une alerte sérieuse", avait déclaré, dès mercredi soir, l’ex-préfet qu’a choisi François Hollande pour coordonner sa sécurité. "Ce qui s’est passé est anormal", a renchéri, le lendemain, un agent du SPHP, sous le couvert de l’anonymat : "Sur les images, on voit que l’escorte est trop loin et mal placée". "Tous les points d’accès à la tribune auraient dû être sous le contrôle des agents", a rajouté Jean-Pierre Diot, pendant 25 ans garde du corps - notamment de Nicolas Sarkozy, quand il était à l’Intérieur.

L’attitude des deux policiers présents mercredi, "pas assez entraînés", est "inqualifiable", a fulminé l’ex-gendarme Christian Prouteau. En 1982, ce proche de François Mitterrand - et qui, bien plus tard, fut condamné dans l’affaire des écoutes de l’Elysée - avait créé le GSPR. Ce groupe de la gendarmerie veillait sur l’Elysée avant que Nicolas Sarkozy, en 2007, confie cette tâche à la police. "La sécurité des personnalités, ce n’est pas juste mettre deux types avec une oreillette, des Ray Ban et un beau costume ! C’est un vrai travail, une vraie conception tactique !", s’est exclamé le colonel en retraite. Et de sous-entendre que, grâce à leur rythme d’"une semaine au travail, une semaine au repos, une semaine à l’entraînement", les gendarmes de l’ex-GSPR, à l’époque, étaient autrement mieux formés et encadrés, et donc plus efficaces, qu’aujourd’hui les policiers du SPHP.

Publicité clickBoxBanner