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"Plus grand pécheur de l'Eglise" ou pape précurseur dans la dénonciation des scandales pédophiles ? La polémique s'est poursuivie samedi autour de Benoît XVI, accusé d'avoir fermé les yeux sur les abus sexuels commis par des prêtres. "Comment des catholiques ont-ils pu faire ça? Comment des prêtres (pédophiles) ont pu continuer à exercer et célébrer la communion?", s'interroge le quotidien britannique Independent dans un éditorial.

En Espagne, un professeur de théologie cité par El Pais, s'étonne de la "facilité avec laquelle, pour l'IVG, la hiérarchie catholique établit une relation directe entre péché et délit (...) et sa difficulté à faire la même chose lorsqu'il s'agit d'abus sexuels commis par des personnes consacrées à Dieu". Selon un sondage paru dans le magazine allemand Stern, 17% des Allemands disent faire confiance à l'Eglise catholique (contre 29% fin janvier) et 24% au pape (contre 38%). Car dans l'opinion, le jugement est parfois extrêmement sévère. "Le pape est sûrement le plus grand pécheur de toute l'Eglise catholique", assène un participant à un débat avec le quotidien suisse Le Matin. Mais de nombreuses voix s'élèvent pour ne pas "faire porter au pape tous les péchés de la terre", comme écrit le quotidien régional français la République du Centre. "C'est le paradoxe de Benoît XVI; attaqué à l'extérieur (de l'Eglise) pour ne pas avoir agi, et de l'intérieur pour avoir trop agi", analyse le Corriere della Sera.

Depuis la publication en novembre en Irlande d'un rapport ayant révélé des centaines d'abus pédophiles de prêtres couverts pendant des décennies par leur hiérarchie, des dizaines de cas ont été révélés dans l'Allemagne natale de Benoît XVI, en Autriche, aux Pays-Bas, en Italie et en Suisse. Déjà visé comme chef de l'Eglise, le pape est désormais directement touché. Selon le New York Times, il se serait refusé à sanctionner en 1996 un prêtre américain accusé de viols répétés sur 200 enfants sourds.

Nombre de catholiques ont encore en tête les mots très forts employés par Joseph Ratzinger quelques semaines avant la mort de son prédécesseur Jean Paul II et donc sa propre accession au pontificat. "Que de souillures dans l'Eglise, et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient lui appartenir totalement! (...) Souvent, Seigneur, ton Eglise nous semble une barque prête à couler, une barque qui prend l'eau de toutes parts", avait-il lancé en mars 2005. Ratzinger avait sans doute en tête les innombrables délits graves qu'il était chargé d'instruire en tant que préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. A ce titre, il avait été l'initiateur dès 1981 d'un décret exigeant des évêques qu'ils fassent remonter toutes les informations vers le Vatican et éloignent les prêtres pédophiles des enfants. Benoît XVI "a été le premier à sentir la nécessité de règles neuves, plus sévères" pour s'attaquer à la pédophilie au sein de l'Eglise, rappelle le cardinal allemand Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens.

"La première préoccupation est pour les victimes (...) nous avons besoin d'une culture d'attention et de courage, de faire le nettoyage. Le chemin entrepris est désormais irréversible et c'est bien ainsi", ajoute Mgr Kasper dans une interview au Corriere della Sera. "Nettoyage" oui, mais à Rome personne ne croit à un "big bang", selon l'expression du vaticaniste Sandro Magister. "A chaque polémique, certains en profitent pour proposer une réforme totale de l'Eglise, de son fonctionnement structurel", explique-t-il à l'AFP. De fait, le pape a par exemple déjà fermement écarté toute remise en cause du célibat des prêtres, avancé par certains comme origine d'une frustration sexuelle des religieux et donc de possibles déviances.

Quant à une éventuelle "démission" du pape, suggérée par exemple par le Spiegel, elle semble aujourd'hui improbable. Le pape est élu à vie et en deux mille ans, seuls deux ont démissionné. C'était en 1294 et en 1415.