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Le flux des migrants vénézuéliens s'est réduit dimanche à la frontière entre l'Equateur et le Pérou, qui a durci les conditions de leur accès à son territoire en exigeant la présentation d'un passeport.

Cette mesure est entrée en vigueur à 00H00 samedi (05H00 GMT), mais les Vénézuéliens sans passeport sont autorisés à passer au Pérou, pays attractif en raison du dynamisme de son économie, s'ils demandent à avoir le statut de réfugié.

Samedi dans la soirée, les autorités péruviennes avaient également fait état d'un léger assouplissement de ces règles, en permettant le franchissement de la frontière sur présentation d'une simple carte d'identité aux femmes enceintes, aux personnes de plus de 70 ans et aux enfants venant rejoindre leurs parents.

Le nombre des passages a considérablement diminué dimanche au poste-frontière de Tumbes (nord) entre le Pérou et l'Equateur, pays de transit pour ces migrants. A midi (17H00 GMT), ce dernier, pourtant très fréquenté les jours précédents, semblait vide.

Selon des chiffres officiels, 1.630 Vénézuéliens, dont 286 enfants, sont entrés au Pérou au cours des 24 heures qui ont suivi la mise en oeuvre de l'obligation de présenter un passeport. Jusqu'ici, le rythme des passages était de 3.500 par jour.

Obtenir un passeport au Venezuela, que des milliers de personnes continuent de fuir, est devenu un parcours du combattant en raison de la crise économique et des pénuries, qui affectent aussi le papier servant à imprimer les documents officiels.

Jusqu'ici, pour pénétrer au Pérou, seule une carte d'identité suffisait aux Vénézuéliens.

Dimanche, le Premier ministre péruvien, César Villanueva, s'est dit dépassé par l'ampleur de cette migration.

"Nous ne nous attendions pas à un tel niveau d'immigration, nous n'étions pas préparés à (une migration) de cette ampleur", a expliqué le chef du gouvernement au journal Peru 21.

"C'est une immigration rapide, comme une rafale, et, chaque jour, il en vient davantage", a ajouté César Villanueva.

Cars de l'Equateur

Nombre des migrants qui avaient gagné la frontière péruvienne vendredi, juste avant la mesure sur le passeport, avaient emprunté des cars mis gratuitement à leur disposition par l'Equateur, voie de passage pour les Vénézuéliens cherchant à se rendre au Pérou, au Chili ou en Argentine.

Le Pérou s'attend à accueillir 100.000 réfugiés vénézuéliens dans les prochaines semaines, ce qui portera leur nombre total à un demi-million.

Mais le sentiment antimigrant progresse au sein de la société péruvienne et ces restrictions d'accès au territoire bénéficient d'un certain soutien dans la population.

"Nous sommes désolés pour les Vénézuéliens, mais ils prennent le travail des Péruviens", a expliqué Giannella Jaramillo, devant un étal de vêtements à Aguas Verdes, dans le nord du Pérou.

Le poste-frontière de cette localité, habitué à recevoir quelque 200 voyageurs par jour, a enregistré 2.500 passages de migrants vendredi.

Nombre de migrants vénézuéliens étaient arrivés à pied, ayant parfois marché plus de 2.000 kilomètres. Des groupes avaient mis en place des points d'accueil pour leur venir en aide sur les six kilomètres séparant les postes-frontières péruvien et équatorien.

Certains d'entre eux avaient toutefois finalement décidé de rester en Equateur, à l'instar de Lourdes Ruiz, 36 ans. "Nous n'avons personne pour nous accueillir" au Pérou, se désolait celle qui voyageait pourtant depuis un mois avec Lima pour destination finale.

Cellule de crise régionale

De son côté, le gouvernement vénézuélien a assuré que les migrants allaient "revenir" grâce aux réformes économiques du président Nicolas Maduro.

Le dirigeant chaviste historique et président de l'Assemblée constituante au Venezuela, Diosdado Cabello, a qualifié samedi les images sur lesquelles on peut voir des migrants en fuite de "campagne" de la "droite" contre le gouvernement socialiste de son pays.

Selon les Nations unies, sur les 2,3 millions de Vénézuéliens vivant à l'étranger, plus de 1,6 million sont partis depuis 2015. Quelque 90% d'entre eux se sont réfugiés dans les pays de la région.

Face à l'ampleur du phénomène, l'ONU a annoncé qu'elle allait mettre en place une cellule de crise régionale.

Les Vénézuéliens sont étranglés par la crise économique : l'inflation pourrait atteindre 1.000.000% fin 2018, redoute le FMI.

Signe de l'inquiétude des autorités, l'Equateur a invité les ministres des Affaires étrangères de 13 Etats de la région, dont le Venezuela, à une réunion les 17 et 18 septembre évoquer cette crise migratoire.