International Le Belge est élu coprésident du groupe des Verts au Parlement européen.

Philippe Lamberts est arrivé là où il voulait être. Le Belge a été élu mercredi coprésident du groupe des Verts au Parlement européen, en tandem avec l’Allemande Rebecca Harms. "Il a fait campagne pour ce poste pendant plus de deux ans, mais il l’a jouée finement, il est resté très discret", glisse une source verte. Qui ajoute :"On ne lui a pas fait de cadeau, il a dû s’imposer".

Car Philippe Lambert ne partait pas nécessairement avec les faveurs du pronostic pour succéder à Daniel Cohn-Bendit - pas son meilleur ami politique. Avec son profil d’ancien cadre d’IBM, cet ingénieur en mathématiques, catholique, père de quatre enfants, détonne dans le milieu vert. "C'es un Vert nouvelle vague, qui n'a pas peur de parler d'emploi, d'économie, de coût et d'argent. Ils n'ont pas l'habitude" , ironise un observateur. Chez Ecolo, on est parfois agacé par la propension de cet ambitieux qui ne s'en cache pas à sortir du rang. "C'est clair, c'est qu'on est admiratif devant le travail qu'il a accompli pendant cinq ans. Ce n'est pas rien pour Ecolo d'avoir en ses rangs quelqu'un déclaré comme l'ennemi n°1 de la City de Londres. Mais tout le monde n'a pas apprécié qu'il ait brocardé le fait qu'Ecolo avait approuvé le traité budgétaire (aux Parlements wallons et bruxellois), alors que la décision avait été prise à l'AG d'Ecolo", rappelle un membre du parti.

Le CV politique de ce Bruxellois âgé de 51 ans mentionne qu'il a rejoint Ecolo en 1991 et qu'il a exercé pendant 12 ans les fonctions d'échevin communal à Anderlecht (mais ne lui parlez pas du Sporting). Lorsqu'Ecolo était membre du gouvernement arc-en-ciel, Philippe Lamberts était le conseiller de la vice-Première Isabelle Durant, celle-là même à qui il a soufflé la tête de liste du parti pour les européennes de 2014. Son engagement européen remonte à la même époque : d'abord représentant d'Ecolo dans la fédération des partis verts européens, il devient, de 2006 à 2012, le coprésident du Conseil du Parti vert européen. Il n'en reste pas moins que le nom de Philippe Lamberts était très largement méconnu du grand public quand il se présenta devant les électeurs pour les européennes de 2009.

Avec son look de droite ­- costume cravate, cheveux peignés vers l'arrière - mais sa fibre de gauche, il n’a pas tardé à se faire un nom au Parlement, prenant à bras-le-corps les matières économiques et financières. L'homme est un pitbull en négociations, une arme à double tranchants. Au cours de la législature écoulée, sa ténacité dans le dossier de la régulation bancaire, et du plafonnement des bonus des banquiers en particulier, lui a valu le surnom - dont il n’est pas peu fier - d’"homme le plus détesté par la City" (© "Le Monde").

"C’est un enthousiaste qui déborde d’énergie, qui a une grande capacité de synthèse et à assimiler facilement des matières complexes", commente son entourage. Philippe Lamberts veille aussi à assurer sa présence dans les médias, notamment en montant des "coups", comme son site intitulé "Les 7 péchés capitaux des banques". "C'est un bosseur, un excellent pédagogue, avec un QI hors norme", corrobore une source parlementaire. Qui glisse toutefois : "Il est très entier et manque parfois de psychologie".

Son côté premier de classe peut crisper ses adversaires, et même ses alliés. Il ne croit qu’à la force des arguments, alignés avec un débit de mitraillette (en français, néerlandais et anglais et même en allemand qu'il maîtrise mieux qu'il ne le dit), graphiques et factbase à l'appui. Philippe Lamberts ne comprend pas qu'au terme de sa démonstration, son auditoire ne lui donne pas toujours raison, "C’est un idéaliste qui ne se rend pas compte que la politique n’est pas qu’affaire de raison et de conviction. Ce n’est pas Di Rupo, il n’est pas du tout dans la séduction", admettent ses proches. Et de conclure : "Jusqu’ici, ça lui a plutôt bien réussi. Mais le jour où il ne convaincra plus, il dira ‘tant pis pour eux’ et passera à autre chose."