International Le Belge Pierre Piccinin a bien été détenu en Syrie par la brigade Al Farouk, proche de l’Armée Syrienne Libre (ASL). C’est en tout cas la conviction des services secrets italiens qui ont œuvré à sa libération ainsi qu’à celle du journaliste de "La Stampa", Domenico Quirico. L’information a été communiquée aux autorités belges.

Le doute venait d’un communiqué rédigé en français et envoyé aux rédactions belges, la semaine dernière. Dans celui-ci, l’office exécutif des Brigades Al Farouk en Syrie affirmait avoir au contraire joué un rôle de " médiateur" dans leur libération et qu’une confusion s’était produite avec un autre groupe appelé Al Farouk de Homs, mais indépendant.

Mais "ce sont bien des gens d’Al Farouk qui détenaient Piccinin" , assure un bon connaisseur du dossier syrien. "Ma source souligne l’état de décomposition d’Al Farouk depuis plusieurs mois, l’assèchement des sources de financement et la dérive criminelle de certaines branches. Cela ne prouve pas la responsabilité du haut-commandement des bataillons Al Farouk mais il semble bien que des commandants d’un certain niveau soient impliqués."

Ajouté à d’autres indices, l’enlèvement montre en tout cas la faiblesse croissante de l’opposition armée agissant sous l’ombrelle de l’ASL et la montée en puissance des groupes islamistes.

Vendredi, le chef de l’ASL, le général Selim Idriss s’est rendu précipitamment dans le nord de la Syrie pour tenter de convaincre trois groupes affiliés à l’ASL de renoncer à rejoindre une coupole créée le 25 septembre de treize groupes islamistes, dont le Front al-Nosra. Echaudés par les tractations qui se font à l’étranger via la Coalition nationale syrienne (CNS) et par le report sine die des frappes américaines, les islamistes, ainsi regroupés, veulent imposer la charia dans le nord du pays qu’ils contrôlent largement. Khaled Khoja, délégué de la CNS en Turquie, estime ainsi à 20 000 le nombre de combattants qui se sont ainsi fédérés.

Le groupe islamiste le plus violent, l’Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL), ne fait pas partie de cette coalition. Il détient plusieurs journalistes occidentaux et contrôle la majorité de la ville de Raqa où il aurait détruit des statues et des croix dans deux églises.

Le groupe est si radical qu’une partie de la population manifeste contre lui et fait des sit-ins. Des combats l’ont opposé à d’autres groupes de rebelles ainsi qu’aux groupes kurdes. L’EIIL a notamment évincé de Raqa les Brigades Al Farouk en juin dernier.

Bref, le nord de la Syrie est devenu une zone sans foi ni loi où interviennent des dizaines de groupes fidèles ou non à l’ASL, liés aux tribus ou alimentés par des djihadistes venus de l’étranger. Un millier d’Européens, dont une centaine de Belges, seraient dans les rangs de ces groupes, parfois à des tâches de pure logistique.

Selon l’Arab Reform Initiative, un groupe de seize "think tanks" américain, européens et arabes, "ce que nous voyons en Syrie n’est pas une révolution islamiste mais une révolte populaire qui a reçu des financements principalement de sources islamistes" . La coalition plaide dès lors pour que les Occidentaux soutiennent davantage les groupes qui restent fidèles à l’ASL et qui prônent "une Syrie libre, pluraliste et démocratique" .

D’après de nombreux observateurs, la montée en puissance des islamistes est due au soutien parcimonieux offert par les Occidentaux aux modérés. Sous pression de leur opinion publique, les Occidentaux refusent d’aller trop loin. "Nous ne pouvons accepter que les armes puissent aller vers des djihadistes que nous avons combattus ici" , a dit le président François Hollande, le 19 septembre, lors d’une visite au Mali.

Ch. Ly.