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Une plainte a été introduite en octobre au pénal en Belgique par six ONG belges et internationales ainsi que deux personnes physiques contre les services de renseignement colombiens, ont indiqué mardi les plaignants. Ceux-ci accusent le DAS (service de renseignement colombien) d'avoir espionné illégalement des ONG et des militants en Belgique dans le but de les discréditer.

Six ONG belges et internationales (la Fédération Internationale des ligues des Droits de l'Homme-FIDH, la ligue belge francophone des Droits de l'Homme, CIFCA, Oxfam-Solidarité, CNCD-11.11.11 et Broederlijk Delen) et deux personnes physiques ont déposé une plainte avec constitution de partie civile le 19 octobre 2010 entre les mains du juge d'instruction bruxellois Olivier Leroux. Une septième ONG, l'OIDHAC, va prochainement s'associer à cette plainte.

Les ONG reprochent au DAS de les avoir espionnées en interceptant notamment des courriels et en pratiquant des écoutes téléphoniques. Il apparaît dans un rapport que le DAS avait pour mission de "conduire des actions (...) afin d'empêcher l'obtention de moyens financiers par l'ONG Broederlijk Delen". Les plaignants suspectent aussi le DAS d'avoir organisé un cambriolage au domicile en Belgique de Luis Guillermo Perez Casa, secrétaire général de la FIDH, qui s'est vu voler ses trois ordinateurs. Pour les plaignants, le DAS ne serait pas étranger non plus aux menaces de mort reçues par Luis Guillermo Perez Casa contre sa famille.

Pour les avocats des plaignants, les opérations menées par le DAS en Belgique ne sont pas conformes au droit belge. Elles auraient visé aussi à discréditer la sous-commission des droits de l'homme du Parlement européen. Les membres du service de renseignement colombien ne disposaient pas, selon les plaignants, d'autorisation de la part de leurs homologues belges pour agir sur le territoire belge.

Le CNCD-11.11.11 s'étonne du peu de réaction de l'Union européenne et de son parlement face à cette stratégie du DAS. Après mûre réflexion, le CNCD-11.11.11, considéré comme proche des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) par le DAS qui a intercepté un mail de l'ONG, a décidé de se constituer partie civile dans cette affaire car la diffamation qu'aurait exercée le DAS à l'encontre d'organisations de la société civile, "pilier de la démocratie", met en danger ces dernières.

La Ligue belge francophone des Droits de l'Homme demande au gouvernement belge d'user dans ce dossier de son droit d'injonction positive vu la gravité des faits. Préoccupés par les agissements du DAS en Espagne, d'autres plaignants se sont manifestés le 25 octobre dernier auprès des autorités judiciaires madrilènes. En Suisse, un député s'est inquiété de l'éventuelle violation de la souveraineté de son Etat par le DAS et a réclamé une enquête. "Le statut international de Bruxelles explique sans doute la présence du DAS en Belgique. Et notre pays compte plusieurs associations colombiennes", a expliqué Manu Lambert, juriste à la Ligue des Droits de l'Homme.

Les principaux documents dont disposent les plaignants proviennent des archives du DAS. Les missions de surveillance du service de renseignement colombien en Europe et notamment en Belgique ont été révélées par des enquêtes diligentées en Colombie.