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Les sanglants attentats de la Fraction Armée Rouge continuent à traumatiser les Allemands. L'opinion et les partis politiques sont tout à fait divisés sur l'opportunité de libérer prochainement deux ex-leaders du groupe terroriste, Brigitte Mohnhaupt et Christian Klar, détenus depuis 1982. La question la plus âprement discutée consiste à savoir si l'on peut rendre leur liberté à des assassins qui ne se sont jamais repentis.

Brigitte Mohnhaupt, 57 ans, va probablement quitter la prison d'Aichach, en Bavière, en mars. Lundi, lors d'une audition du tribunal supérieur de Stuttgart, le représentant du parquet a conseillé de la libérer. Il y a un an, le même tribunal avait encore rejeté la demande et fixé à 24 ans la période de détention. Ce délai expire prochainement.

Cinq fois la prison à vie

La dirigeante de la "Rote Armee Fraktion" (RAF) a été condamnée cinq fois à la prison à vie pour les trois grands assassinats de 1977 qui ont coûté la vie à l'avocat fédéral Siegfried Buback, au banquier Jürgen Ponto et au "patron des patrons" Hanns-Martin Schleyer.

Dans le cas de Christian Klar, qui avait écopé de la même peine, le tribunal de Stuttgart a fixé la période de détention minimum à 26 ans. Or, comme il ne veut pas attendre jusqu'en 2009, il a demandé au président fédéral Horst Köhler de le gracier.

Depuis plus de deux ans, ce dernier étudie la question et selon ce qu'on apprend à Berlin, il serait disposé à lui remettre sa peine. Ses prédécesseurs à la présidence fédérale avaient eux aussi déjà gracié des ex-membres de la RAF qui, toutefois, n'ont pas été aussi impliqués que Mohnhaupt et Klar.

Proches des victimes contre

La polémique fait rage : la CSU bavaroise et les parents des victimes refusent leur libération, les libéraux, les verts et le parti de gauche souhaitent que l'Etat fasse preuve de clémence.

En Allemagne, une condamnation à perpétuité signifie 20 ans de détention, la libération étant possible au plus tôt après 15 ans. Mais, objecte Horst Herold, chef de la police criminelle fédérale des années 1970 et chasseur numéro un des terroristes, de tels assassins, "qui ont savouré la cruauté de leurs massacres", ne devraient être libérés qu'à l'âge de 60 ans.

Le débat fait revivre les atroces "années de plomb" de la République fédérale allemande aux prises avec un terrorisme anticapitaliste et tiers-mondiste irrationnel. Pendant le sanglant "automne allemand" de 1977 s'étaient succédé l'enlèvement de Schleyer, le détournement d'un avion de la Lufthansa par des Palestiniens à Mogadiscio et les suicides d'Andreas Baader et de deux codétenus à la prison de Stammheim.

Le chancelier social-démocrate Helmut Schmidt avait catégoriquement refusé tout dialogue avec les desperados issus du mouvement étudiant de 1968. Il régnait alors une atmosphère de peur et d'hystérie, mais la démocratie allemande a su relever le défi.

Dissoute en 1998

Au début des années 1990, la troisième génération de la RAF assassina deux grands patrons, Carsten-Detlef Rohwedder, chef de la Treuhand, et Alfred Herrhausen, président de la Deutsche Bank. En tout, la RAF a tué 34 personnes. Ce n'est qu'en 1998 qu'elle s'est dissoute. Ceux qui ont vécu cette époque ne sont pas près d'oublier.