International Correspondant en Allemagne

Les ex-victimes de mauvais traitements dans des asiles d’enfants sont mécontentes : pour elles, l’offre d’indemnités de 120 millions d’euros que leur fait la table ronde sur "l’éducation dans les asiles", est insuffisante. Leurs représentants réclament de l’Etat et des Eglises des dédommagements de 1,6 milliard d’euros. Présidée par Antje Vollmer, ex-vice-présidente verte du Bundestag, la table ronde s’est penchée sur le triste sort d’environ 30 000 enfants et jeunes (sur un total de 800 000), qui ont été exploités et maltraités entre 1949 et 1975. Elle n’a pas examiné le sort, souvent pire, de ceux qui ont grandi dans la RDA communiste.

Le rapport fait état d’humiliations, d’un manque de sollicitude, de punitions corporelles, d’abus sexuels. Souvent, ils ont dû travailler dans des tourbières et des blanchisseries. Antje Vollmer a parlé de tout "un système" et insisté sur "la responsabilité collective" des exploitants des asiles que sont l’Etat fédéral, les Länder, les Eglises catholique et protestante.

Beaucoup de victimes sont soulagées que, pour la première fois, l’opinion publique ne voit plus en eux des fautifs. Sur les 120 millions d’indemnités, 20 millions alimenteront l’assurance-retraite de ceux qui ont travaillé sans cotiser pour eux et 100 millions iront à ceux qui suivent des thérapies et à d’autres qui sont démunis. L’Etat payera un tiers de la somme, les Länder ouest-allemands un autre tiers et les deux Eglises le solde.

Le président de la conférence épiscopale, l’archevêque de Fribourg Robert Zollitsch, a exprimé ses regrets à l’égard de ceux qui ont été injustement traités dans des homes catholiques. L’association des anciens enfants d’asiles parle, elle, d’"un chantage" ; elle avait exigé des dédommagements de 54 000 euros par personne. La présidente de la table ronde a rétorqué que l’indemnité prévue de 4 000 euros est comparable aux sommes qu’ont touchées les travailleurs forcés de la Seconde Guerre mondiale. Cette décision devrait influer sur le dédommagement des victimes d’abus sexuels, commis par des prêtres.