Population mondiale : la régulation ou l’explosion

Agathe Mahuet (st.) Publié le - Mis à jour le

International

Cela sonne comme un avertissement. "Si les niveaux actuels de fécondité sont maintenus dans les années à venir, nous serons bientôt sur Terre un nombre non viable d’individus."

Le scénario qui s’est imposé ces dernières années dans les milieux scientifiques est pourtant plus optimiste, et laisse présager une possible stabilisation de la population mondiale. C’est la perspective "moyenne", medium, dessinée par les experts du Conseil économique et social des Nations unies. Assez rassurant, le scénario prévoit que chaque pays fasse tomber son indice synthétique de fécondité (ISF), donc le nombre d’enfants par femme, sous le seuil de remplacement de la population pendant environ cent ans, avant de se stabiliser autour de ce seuil pour les siècles suivants.

En se basant sur une fécondité de 1,85 enfant par femme à l’échelle mondiale, le pic de population mondiale serait atteint en 2070 avec 9,4 milliards d’habitants, avant d’évoluer entre 8 et 9 milliards pour les deux siècles suivants. "C’est un scénario assez crédible", commente Bruno Schoumaker, démographe à l’Université catholique de Louvain (UCL). "Si on regarde l’histoire des projections de population au niveau mondial, on voit que le scénario moyen a toujours été, de tous, le plus proche de la réalité."

Mais dans un rapport publié début février, les commissaires de l’Onu mettent en garde : ce scénario ne prendra pas vie tout seul. Sans politiques de régulation de la population, la planète pourrait compter bien plus de 9 milliards d’habitants en 2100. En fait, si à l’échelle mondiale, la fécondité est légèrement supérieure aux prévisions du scénario moyen, à hauteur d’un demi-enfant en plus par femme pendant 50 ans, puis d’un quart d’enfant en plus jusqu’en 2100, alors nous ne serions plus 9, mais 14 milliards sur Terre au seuil du XXIIe siècle. C’est le scénario dit "haut". Moins probable. Moins rassurant aussi. "Avec ce rapport et ces hypothèses pessimistes, l’Onu renouvelle son plaidoyer pour un renforcement des politiques de planification familiale, et notamment en Afrique", explique Bruno Schoumaker. C’est en effet pour le continent noir que les défis démographiques sont les plus forts. D’après le scénario "haut", un abaissement trop lent de sa fécondité donnerait à l’Afrique une population de 3,7 milliards en 2100 on compte aujourd’hui 1 milliard d’Africains.

"L’importance de réinvestir dans la planification familiale, notamment en Afrique, est largement évoquée dans les colloques. Certains considèrent que ces investissements ont été détournés vers la lutte contre le VIH-Sida", confie le démographe.

Une baisse de financement qui ne serait pas sans lien avec le ralentissement de la baisse de la fécondité africaine. Pourtant, selon Bruno Schoumaker, des politiques trop coercitives et imposées de l’extérieur n’ont que peu de chances d’entraîner des effets, surtout pour des populations peu matures socialement, aux traditions culturelles trop fortes. "On ne peut pas imposer aux peuples de s’adapter à des exigences démographiques mondiales. Il faut réussir à combiner des aspects "développementalistes" - la hausse de l’instruction, des niveaux de vie - et des politiques de régulation, en encourageant l’utilisation de la contraception, voire de la stérilisation." Et faire preuve d’un peu de patience. "Croire qu’amener des méthodes contraceptives et les distribuer gratuitement fera changer les choses d’elles-mêmes et tout de suite est un peu simpliste."

Réduire la croissance démographique mondiale ne passe donc pas par l’application d’un plan de régulation unilatéral. La politique chinoise de l’enfant unique, mise en place en 1979, n’aurait pu s’imposer partout. Mais aujourd’hui, avec 1,7 enfant par femme, la Chine est au niveau de la Belgique.

Au rayon "avenir de l’humanité", on trouve un scénario catastrophe. Celui qui prévoit le prolongement des tendances démographiques actuelles, avec des taux de fécondité et de mortalité stables pour les trois prochains siècles, et qui dessine les chiffres délirants de 18 milliards d’habitants en 2100, puis 3500 milliards en 2300. "C’est un scénario alarmiste, tellement irréaliste qu’il n’y a que peu d’intérêt à réfléchir aux conséquences d’une telle situation", explique Bruno Schoumaker. Bien avant d’en arriver là, des contraintes économiques, sanitaires et environnementales forceraient la population à s’autoréguler, car "les pressions seraient trop fortes, notamment sur le logement, ou sur l’environnement". En exagérant les déséquilibres démographiques actuels, en les rendant plus flagrants, le scénario dit "sans changement" permet surtout d’entrevoir ce à quoi les populations futures pourraient être confrontées si rien n’est fait en termes de régulation de la population.

Agathe Mahuet (st.)

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