Pour Viktor Orban, l'avenir de l'Europe, c'est lui
- Publié le 05-08-2018 à 19h53

Le clan du Premier ministre nourrit des ambitions européennes chrétiennes."Nous vous avons dit qu'il se passait des choses graves devant le siège de la télévision, j'espère que mes collègues pourront vous tenir informés de la situation mais, pour le moment, nous allons bien. Nous vous souhaitons une bonne soirée." Quelques minutes après que le présentateur György Balo a conclu son talk-show, la télévision publique a été prise d'assaut par des centaines d'émeutiers. C'était le 19 septembre 2006 et la Hongrie venait d'entrer dans une longue période d'instabilité politique et d'agitation sociale. Une coalition socialiste-libérale s'était fait réélire quelques mois plus tôt, mais ses mensonges sur l'état des finances du pays ont mis le feu aux poudres.
Pendant que la télé publique poursuivait ses programmes sans rien montrer des violents affrontements avec la police qui se déroulaient devant son siège, plus d'un million de téléspectateurs (sur dix millions d'habitants) assistaient à son saccage en direct sur HirTV. Son reporter, Attila Csaszar, leur a fait vivre un nouveau 1956 (le soulèvement antisoviétique), décrivant les émeutiers tels des révolutionnaires.
HirTV avait été créée trois ans plus tôt, en 2003, comme première chaîne d'informations en continu du pays. Solidement ancrée à droite, elle était la pièce maîtresse de l'arsenal médiatique que le Fidesz et Viktor Orban étaient en train de construire en vue de la reconquête du pouvoir qu'ils avaient perdu en 2002.
Les années Orban
2 août 2018. Ce jeudi, ce n'est pas l'émission phare de la vie politique hongroise qui est retransmise sur HirTV. Sa présentatrice, Olga Kalman, la journaliste politique la plus en vue du pays, a été débarquée sans ménagement, car le Fidesz, dont le chef a été reconduit à la tête du gouvernement pour un troisième mandat consécutif en avril, vient de reprendre le contrôle de la chaîne. Elle lui avait glissé entre les doigts il y a trois ans, en raison d'une brouille avec son propriétaire, un ancien grand argentier du parti, qui avait subitement mis toute sa fortune au service du déboulonnage de Viktor Orban.
La chaîne a été immédiatement mise au pas : à la place d'Olga Kalman, la chaîne diffuse le dernier discours de Viktor Orban.
C'est le 28 juillet et le Premier ministre se trouve à Baile Tusnad, en Roumanie, au cœur du Pays sicule, une région à majorité magyarophone et aux velléités autonomistes. Lui qui s'apprête à faire main basse sur un média de plus, dans un pays où les voix dissidentes sont étouffées les unes après les autres, s'en prend aux médias occidentaux qui "produisent de la censure et du politiquement correct […], empêchant les citoyens européens de connaître la réalité" de l'immigration.
Flèches empoisonnées
Censé s'adresser à la minorité hongroise de Roumanie, il sait en réalité ses paroles scrutées par les médias du monde entier, car c'est à cet endroit que, quatre ans plus tôt, il avait fait sensation en proclamant l'échec des démocraties ouest-européennes et l'avènement du fameux "illibéralisme" qui lui a conféré une stature internationale. Il décoche ses flèches les plus empoisonnées contre la Commission européenne, coupable selon lui d'œuvrer à un "socialisme européen". Et il se tourne avec espoir vers les élections européennes qui auront lieu l'an prochain. "Un processus général de droitisation s'observe dans toute l'Europe. […] Il est possible de renverser l'élite libérale pour la remplacer par une élite chrétienne. […] Il y a trente ans, nous croyions encore que l'Europe était notre avenir. Nous croyons aujourd'hui que c'est nous qui sommes l'avenir de l'Europe."
En se positionnant en tête de file du camp nationaliste qui prend forme, il déroule son programme pour l'Europe : culture chrétienne et modèle familial traditionnel, protection des frontières, rejet du multiculturalisme et de l'immigration. L'Union européenne est prévenue.