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"Le changement d’heure doit être aboli” en Europe. C’est ce que le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a déclaré ce mercredi matin, lors de son discours sur l’état de l’Union. Cette idée fait suite, on s’en souvient, à une grande consultation publique qui avait eu lieu ces derniers mois dans toute l’Union européenne. Le résultat ? Quelque 4,6 millions de répondants s’étaient prononcés – c’est un record pour une telle initiative – et 84 % s’étaient montrés favorables à la suppression du changement d’heure.

Le changement, c’est fini

Mais tout n’est pas si simple. A ce stade, ce n’est qu’une proposition et elle doit encore obtenir l’aval du Parlement européen et des Etats membres. Ceux-ci vont devoir également se mettre d’accord. Et puis surtout, chaque pays pourra choisir s’il reste à l’heure d’été ou à l’heure d’hiver. C’est en fait le changement qui ne doit plus avoir lieu. La Commission souhaite plus précisément que ce dernier changement d’heure ait lieu le 27 octobre 2019. Ce sera pour les pays qui ont décidé de rester à l’heure d’hiver. Pour ceux qui choisiront l’heure d’été, ce sera alors le 31 mars 2019. Chaque état membre doit annoncer sa décision de rester à l’heure d’été ou à l’heure d’hiver au plus tard en avril 2019. Il pourrait par exemple y avoir des consultations au niveau national. “Ce calendrier ne pourra toutefois être respecté que si le Parlement et le Conseil adoptent la proposition au plus tard en mars 2019”, prévient cependant la Commission.

Théoriquement, des pays voisins comme la Belgique et le Luxembourg, par exemple, pourraient donc vivre à des heures différentes. On aurait alors une sorte de patchwork d’heures différentes dans l’Union. Mais Violeta Bulc, la commissaire européenne en charge du dossier, pense que cela n’arrivera pas. Il y aurait une sorte de cohésion régionale, le Sud de l’Europe ayant une préférence pour l’heure d’été toute l’année et le Nord pour l’heure d’hiver. Des discussions entre les pays devront avoir lieu pour éviter le risque de “patchwork”. La Commission dit “encourager la consultation aux niveaux national et européen afin de garantir une approche coordonnée entre Etats membres”.

Quelques dixièmes de pourcent d’économie

C’est en 1977 que l’heure d’été avait été définitivement introduite en Belgique avec l’objectif – comme en 1916 et comme de 1942 à 1946 – de faire des économies d’énergie. Concrètement, on renonce à une heure de clarté tôt le matin pour la transposer en fin de journée, les heures d’activité correspondraient ainsi davantage aux heures d’ensoleillement. De nombreuses études ont été menées pour mesurer l’impact énergétique de ce décalage, mais les résultats varient fortement. L’une d’entre elles, menée sur 35 pays européens, indique cependant que les économies varient de 0, 5 à 2, 5 % en fonction des pays et de leur latitude. Plus le pays est au sud, plus les économies sont conséquentes, selon les chercheurs. Interrogé par LaLibre.be, Damien Ernst, spécialiste du secteur de l’énergie, estime que les lampes LED permettent désormais de faire davantage d’économies que le changement d’heure… Avec celui-ci, “on parle d’au maximum, quelques dixièmes de pourcent d’électricité économisés. C’est tellement faible que c’est difficilement mesurable.”

La fin du changement d’heure serait en outre positive pour notre corps (lire ci-dessous). On observe aussi, après le passage à l’heure d’hiver, une hausse de 29 % (en Belgique, 47 % en France) des accidents touchant les piétons le soir, à l’heure de pointe, en octobre et novembre. Cela s’expliquerait en partie par le fait que l’heure de pointe est plus précocement plongée dans l’obscurité.