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L'aile droite de la coalition gouvernementale en Allemagne compte fixer lundi un ultimatum à Angela Merkel pour qu'elle restreigne l'accueil des migrants aux frontières, faute de quoi le pays plongera dans une grave crise politique.

"C'est la journée où le destin d'Angela Merkel et celui du gouvernement se décide", estime le quotidien Bild, le plus lu d'Allemagne.

En toile de fond, les péripéties de 630 migrants secourus en mer qui sont arrivés dimanche en Espagne, épilogue d'une semaine d'errance en Méditerranée qui a illustré des profondes fractures au sein de l'UE sur la question migratoire, au centre du prochain conseil européen des 28 et 29 juin.

En Allemagne, l'arrivée de plus d'un million de demandeurs d'asile en 2015 et 2016 a créé une onde de choc politique dans le pays qui ne faiblit pas.

Elle a d'abord contribué, comme en Italie ou en Autriche, à l'essor de l'extrême droite, et en même temps provoqué des déchirements au sein du camp conservateur de la chancelière, qui atteignent désormais leur apogée.

L'aile la plus radicale sur les migrants de sa fragile coalition gouvernementale - qui va de la droite dure aux sociaux-démocrates -, le parti bavarois CSU, veut imposer un tour de vis à la politique d'immigration nationale.

Objectif: refouler dorénavant tous les migrants à la frontière qui ont déjà été enregistrés dans un autre pays à leur arrivée dans l'UE, le plus souvent l'Italie ou la Grèce.

'Défi européen' 

La chancelière centriste refuse. Elle redoute qu'un tel cavalier seul ne crée le chaos et n'obère toute chance d'obtenir un solution commune en Europe, au moment où l'UE discute d'un système d'asile partagé.

"Il s'agit d'un défi européen qui nécessite une réponse européenne", a-t-elle dit ce week-end, prévenant que la "cohésion de l'Europe" était en jeu.

Mais l'Union chrétienne-sociale CSU, qui se prépare à de difficiles élections régionales en Bavière en octobre, perd patience. Elle accuse la chancelière et son parti démocrate-chrétien (CDU), avec lequel elle est pourtant alliée depuis 1949, de laxisme.

La direction de la CSU se réunit lundi matin à Munich avec l'objectif d'autoriser son président Horst Seehofer, également ministre fédéral de l'Intérieur, à défier Angela Merkel en imposant les refoulements aux frontières par décret.

Mutinerie

S'il passait immédiatement à l'acte, la chancelière n'aurait d'autre choix que de le limoger, ce qui provoquerait l'éclatement de la coalition au pouvoir depuis seulement trois mois et probablement de nouvelles élections.

Le ministre de l'Intérieur semble toutefois désormais disposé à accorder un délai de deux semaines à Angela Merkel, jusqu'à un sommet de l'UE fin juin, pour qu'elle négocie un accord sur le refoulement des migrants. A défaut, ce sera la crise.

"Il est essentiel que le sommet de l'UE prenne enfin des décisions fin juin", a averti M. Seehofer, dans une tribune publiée lundi par le quotidien FAZ.

"La situation est grave mais encore soluble", a-t-il ajouté.

"Personne à la CSU ne veut faire tomber la chancelière ou faire éclater le gouvernement", a également assuré l'intéressé dimanche, tout en restant ferme sur le fond.

La semaine qui s'ouvre s'annonce donc décisive pour l'avenir politique de la chancelière. Et la partie compliquée, car ce qu'exige son aile droite est précisément ce dont ne veut pas l'Italie, qui en tant que pays d'arrivée des migrants réclame plus de solidarité européenne.

Angela Merkel reçoit justement lundi soir son homologue italien Giuseppe Conte, dont le pays refuse désormais l'accès à ses ports aux navires d'ONG transportant des migrants.

Puis le lendemain elle s'entretiendra avec le président français Emmanuel Macron, dans un contexte européen explosif sur les migrants, illustré par les tensions autour du navire Aquarius.

Une réunion spéciale des principaux dirigeants européens concernés n'est du reste pas exclue avant même le sommet de l'UE de la fin du mois.

Angela Merkel est d'autant plus sous pression que sa cote de popularité en Allemagne chute, tandis que l'extrême droite progresse dans les sondages.

Le mécontentement croissant de l'opinion est exacerbé par des faits divers impliquant des migrants et ayant eu un large écho dans l'opinion, en particulier le viol et l'assassinat récents d'une adolescente par un jeune demandeur d'asile irakien arrivé en 2015.

Par ailleurs, lundi s'ouvre le procès d'un jeune réfugié afghan accusé d'avoir mortellement poignardé son ancienne petite amie de 15 ans dans un supermarché.