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A chaque irruption d’un conflit israélo-palestinien répond, en Europe, une augmentation des actes d’antisémitisme. La guerre de Gaza ne fait malheureusement pas exception. Depuis le 27 décembre et le début de l’opération "Plomb durci", le site "antisemitisme.be", mis en place par le Bureau exécutif de Surveillance communautaire, émanation du Consistoire israélite, a recensé pas moins de 15 réactions d’antisémitisme en Belgique. Les délits les plus visibles sont connus. En suivant un axe Anvers-Bruxelles-Charleroi, ils ont visé principalement des synagogues. Celle de la capitale du Pays noir a été prise pour cible à trois reprises (jet de pierres, de cocktail molotov, fenêtres brisées, tags le 29/12, le 5/01 et dans la nuit du 6 au 7/01). A Bruxelles, la synagogue de Schaerbeek (jet d’un cocktail molotov dans la nuit du 6 au 7/01) et celle de Forest (début d’incendie devant l’entrée, le 5/01) l’ont été aussi alors qu’un jet de pavé a été observé contre l’école juive "Maïmonide" à Anderlecht (le 4/01). A Borgerhout, près d’Anvers, c’est une tentative d’incendie contre l’habitation d’une famille juive, dans la nuit du 3 au 4 janvier, qui a frappé les esprits.

Depuis le 1er janvier, 10 actes d’antisémitisme ont déjà été enregistrés par "antisemitisme.be"; il y en avait eu 7 pour tout le mois de janvier 2008 et 66 pour l’ensemble de l’année. La recrudescence est patente. Mais, pour Lily Grosman, la vice-présidente du Centre de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), ces chiffres ne traduisent pas encore l’ampleur du phénomène parce qu’ils ne recensent pas les manifestations plus insidieuses d’antisémitisme, notamment les messages de haine anonymes adressés par téléphone à des personnes juives.

Finie la clandestinité

Joël Rubinfeld, le président du CCOJB, s’inquiète, en outre, plus particulièrement des slogans antisémites qui sont proférés lors des manifestations "quasi quotidiennes" de militants pro-palestiniens. Tout en demandant à voir ses effets concrets, il se félicite de la réaction rapide du nouveau ministre belge de l’Intérieur, Guido de Padt, visant à renforcer la protection des bâtiments juifs. Mais il s’étonne tout de même qu’"au nez et à la barbe des policiers, des manifestants puissent lancer des slogans antisémites sans être inquiétés". Il en conclut que "l’antisémitisme est sorti de la clandestinité".

Joël Rubinfeld juge que la classe politique, à travers les déclarations de certains de ses dirigeants, porte une lourde responsabilité dans le climat qui, à son estime, encourage ces comportements. Et le président du CCOJB n’épargne personne. De Louis Michel (MR) qui "malgré la connaissance qu’il a du dossier, multiplie les sorties intempestives et renvoie dos à dos un groupe terroriste, le Hamas, et un gouvernement démocratique, Israël" à Elio Di Rupo (PS) qui, motivé par une "approche électoraliste", ose recommander que "les dirigeants israéliens soient poursuivis par la justice internationale" en passant par Joëlle Milquet qui "ferait bien de proposer que l’avion qui rapatriera des blessés palestiniens de la Bande de Gaza - qui peut s’opposer à une mesure comme celle-là ? - fasse un stop au Congo". Mais Joël Rubinfeld réserve une mention particulière à Isabelle Durant (Ecolo) pour ne pas s’être désolidarisée de l’initiative de son député, Fouad Lahssaini, qui avait invité, en décembre, des responsables du Hezbollah au Parlement belge, et pour avoir été la seule responsable politique à participer à la manifestation pro-palestinienne du 31 décembre, à Bruxelles.

Or, dimanche, d’autres personnalités (les socialistes Elio Di Rupo, Philippe Moureaux et des responsables du cdH sont annoncés) se joindront à un autre rassemblement, dans les rues de la capitale, le PS et le cdH, en plus d’Ecolo, ayant appuyé un nouvel appel à manifester lancé par des ONG (lire ci-contre). Et Joël Rubinfeld de s’interroger : "Si des slogans antisémites sont lancés, quitteront-elles le cortège ?".