International Le Président prié d’annoncer sa candidature alors qu’il est sans adversaire! 

Le président russe Vladimir Poutine continue de garder le silence sur ses intentions par rapport aux prochaines élections présidentielles qui doivent se tenir en mars 2018. Pourtant, en l’occurrence, son comportement ne dissimule en réalité rien d’autre qu’une forme de… coquetterie, car M. Poutine est bien décidé à rester au pouvoir jusqu’en 2024 et il dispose d’un atout majeur à cette fin : l’absence d’un adversaire de taille.

La chasse aux gouverneurs

Néanmoins, cette semaine, un député du parlement régional de Leningrad a publiquement demandé à Vladimir Poutine de formuler sans tarder sa décision de participer aux élections car, a-t-il précisé, son silence "menace de désintégrer la société russe". Et cette incertitude crée d’ores et déjà des malentendus diplomatiques comme ce fut le cas avec le président français Emmanuel Macron qui a déjà accepté l’invitation de M. Poutine pour le Forum économique de Saint-Pétersbourg qui se tiendra en… mai 2018. Officiellement, l’Elysée n’a jamais donné de réponse au Kremlin.

Entre-temps, le président russe s’adonne à l’écrémage des gouverneurs régionaux pour les remplacer par des "technocrates". Depuis le 25 septembre, il a limogé dix gouverneurs, et ce mouvement ne semble pas s’arrêter. Détail surprenant : désormais les candidats au poste de gouverneur doivent faire preuve d’une excellente forme physique. Ils doivent ainsi être aptes à sauter dans l’eau d’une hauteur de sept mètres !

"Terrorisme téléphonique"

Mais un phénomène bien plus inquiétant menace la Russie depuis le début du mois de septembre : le "terrorisme téléphonique", et l’ampleur du phénomène a de quoi frapper les imaginations.

Dans toutes les grandes villes de la Russie - de Moscou à Vladivostok - des alertes à la bombe sont devenues quotidiennes et n’épargnent rien, ni les écoles, ni les centres commerciaux, ni les gares, ni les bâtiments administratifs, ni les hôpitaux. En un mois, un million de personnes dans tout le pays ont été évacuées d’urgence sans qu’on trouve la moindre trace des explosifs. Les services de sécurité sont incapables d’expliquer cette calamité ni de désigner les auteurs et surtout leurs buts. Il n’est pas exclu que ces alertes fassent partie du contexte préélectoral.

M. Poutine, sans réel adversaire politique, risque pourtant de trouver des embûches sur sa route. Notamment, la grogne ouverte du secteur économique du gouvernement russe mécontent de la croissance trop soutenue du budget militaire. Anton Silouanov, ministre russe des Finances, vient de protester publiquement contre cette situation qui rappelle, selon lui, celle qui existait dans les années 80, quand l’augmentation irréfléchie des dépenses militaires avait conduit à la désintégration de l’URSS. Certes, l’effet pratique de ces protestations sans précédent dépend toujours de la volonté de M. Poutine, mais c’est un avertissement qu’on ne peut pas négliger raisonnablement. Il y a pourtant peu de chances que le président russe prête une oreille attentive à cet avertissement, car dans une œuvre du Centre de la politique sociale-conservatrice proche du Kremlin, il est érigé au rang "du leader politique mondial" et est comparé aux représentants de la famille Romanov qui, il y a des siècles, ont réussi à surmonter les conséquences de la crise institutionnelle en Russie.

Une comparaison bien flatteuse, mais, quoi qu’il en soit, Vladimir Poutine, lui, veut y croire, ce qui le rend imperméable à toute idée de compromis raisonnable, comme le démontre son comportement post-Crimée.