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Le président chypriote conservateur Nicos Anastasiades dominait dimanche le premier tour de la présidentielle, marqué par une forte abstention, et devrait affronter le candidat de gauche Stavros Malas pour rester à la tête de ce petit pays divisé depuis plus de 40 ans.

Après le dépouillement de 94% des bulletins, le dirigeant de 71 ans, donné grand favori de ce scrutin, était en tête avec 35,64% des suffrages, selon des résultats partiels. La tendance annonçait un second tour le 4 février face à Stavros Malas, qui recueille 30,13% des voix. Les résultats définitifs sont attendus autour de 18H30 GMT.

Les deux hommes, qui étaient déjà opposés au second tour de la précédente présidentielle en 2013, ont promis de relancer les pourparlers de réunification. Mais M. Malas, un ancien ministre de la Santé soutenu par le parti communiste, a critiqué le président sortant pour ne pas être allé assez loin dans les pourparlers.

Après une campagne marquée par un désintérêt notable, le taux de participation a plafonné à 71,4%, en nette baisse par rapport à 2013 (83,1%).

Du fait de la partition de l'île méditerranéenne, la République de Chypre - membre de la zone euro - n'exerce son autorité que sur les deux tiers du territoire, dans le sud, où vivent les Chypriotes-grecs. Dans le tiers nord résident les Chypriotes-turcs qui sont administrés par la République turque de Chypre du Nord (RTCN), autoproclamée et reconnue uniquement par Ankara.

Plus tôt dimanche, après avoir mis son bulletin dans l'urne, M. Anastasiades, homme à poigne réputé pragmatique, a tenu à rappeler que ses compatriotes étaient appelés à choisir l'homme qui déterminera "le futur de Chypre".

Selon les résultats partiels, M. Malas semble donc arriver devant Nicolas Papadopoulos (centre), fils d'un ancien président, qui défend des positions plus fermes sur les pourparlers de paix et bénéficie du soutien de différents petits partis.

 'Espoirs déçus' 

La division de Chypre, ancienne colonie britannique, perdure depuis 1974, quand des troupes turques ont envahi le tiers nord de l'île en réponse à un coup d'Etat à Nicosie, qui inquiétait la minorité turque.

Les questions économiques ont largement dominé la campagne, reléguant au second plan les pourparlers de réunification, au point mort après l'échec des négociations sous l'égide de l'ONU en 2017.

Après des décennies de division, la lassitude a gagné du terrain et le président élu devra relever un défi de taille pour convaincre les sceptiques, de plus en plus nombreux, en cas de reprise des pourparlers.

A la sortie des bureaux de vote à Nicosie, beaucoup d'électeurs affichaient leur résignation, ont constaté des journalistes de l'AFP.

"Certains Chypriotes sont lassés des politiciens. Cela fait maintenant 44 ans (que l'île est divisée), que les habitants entendent chaque jour la même chose. Leurs espoirs sont déçus", a déploré Andreas Sevastides, retraité de 68 ans.

Fonctionnaire à la retraite, George Georgallides dit avoir voté pour le candidat Papadopoulos, reprochant au président sortant d'avoir "tout accepté" lors des négociations.

"Si nous relançons les pourparlers, alors il faudra recommencer à nouveau depuis le début", a-t-il ajouté.

Cette présidentielle voit par ailleurs la présence inédite d'un candidat du parti d'extrême droite Elam, qui a remporté deux sièges au Parlement en 2016.

Après une grave crise en 2013, l'économie a quant à elle connu un redressement rapide, aidée par le boom du secteur touristique qui a connu en 2017 un record historique.

Malgré tout, "la reprise reste relative", affirme à l'AFP l'économiste Fiona Mullen, directrice du cabinet de consultants Sapienta Economics. Si l'économie croît rapidement, elle est toujours en deçà de son niveau de 2012, rappelle-t-elle.

Le taux de chômage s'élevait ainsi à 11% fin 2017, soit le troisième plus important de l'UE, et à 25% chez les jeunes, selon Eurostat.