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Le candidat Andrés Manuel Lopez Obrador a obtenu une large victoire dimanche à l'élection présidentielle mexicaine, offrant un premier succès historique à la gauche, dans un pays confronté à une vague de violences sans précédent.

Trois instituts de sondage ont placé l'ancien maire de Mexico en tête avec plus de 40% des voix. Le quotidien El Financiero le crédite de 49% des suffrages contre 27% pour le jeune conservateur Ricardo Anaya, et 18% pour Jose Antonio Meade, du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), le parti au pouvoir, en troisième position.

"C'est Andres Manuel Lopez Obrador qui a obtenu la majorité (...)", a reconnu Meade, ému, depuis le siège du parti, après la diffusion des premiers sondages de sortie des urnes. "Pour le bien du Mexique, je lui souhaite le plus grand des succès" a-t-il déclaré.

Peu après, devant ses supporters, Anaya a également admis sa défaite et reconnu le "triomphe" de la gauche, souhaitant le plus grand succès à Lopez Obrador, qu'il a félicité au téléphone.

"C'est un jour historique", avait lancé dans la matinée à la presse le vétéran de gauche, surnommé "AMLO", ses initiales, avant de voter à Mexico.

"Nous allons réussir cette transformation sans violence, de manière pacifique" et "bannir du pays la corruption, le principal problème du Mexique", a-til promis, s'engageant à chasser "la mafia du pouvoir".

Après deux échecs successifs, le vétéran de gauche, 64 ans, obtient un succès historique au niveau national, mais également régional et local, en décrochant au moins six postes de gouverneurs sur les neuf en jeu, avec son parti, le Mouvement de régénération nationale (Morena).

Morena s'imposerait dans les Etats de Veracruz, Morelos, Puebla, Chiapas, Tabasco ainsi qu'à Mexico.

Pour la première fois, une femme, Claudia Sheinbaum, scientifique de 56 ans et fidèle de "AMLO", a été élue à la tête de la mégapole mexicaine aux plus de 20 millions d'habitants.

Avec ses alliés, Lopez Obrador obtientrait aussi la majorité à l'Assemblée, avec au moins 250 sièges de députés sur les 500 mis au vote. Plus de 18.000 mandats, dont 128 sénateurs, ainsi que de nombreux postes régionaux ou locaux étaient également en jeu.

Il s'agit d'un "ouragan national", commentait sur la chaîne Televisa le politologue Jesus Silva Herzog Marquez.

Au siège du PRI régnait une ambiance lourde.

"Mon Dieu!", s'exclamait une retraitée à l'annonce des résultats, tandis que plusieurs autres à ses côtés fondaient en larmes.

Lopez Obrador aura su capitaliser sur l'exaspération d'une grande partie des Mexicains, et se présenter en candidat des plus modestes, bien décidé à chasser "la mafia du pouvoir", incarnée par l'impopulaire président Enrique Peña Nieto.

"Pour la première fois, l'Histoire s'écrira du côté des pauvres", se réjouissait Salvador Sanchez, 82 ans, devant le bureau de vote du candidat, plus tôt dans la journée.

Deux nouveaux meurtres

Tout au long de la campagne, la violence a été au coeur des débats, mais elle a aussi touché de nombreux candidats ou militants sur le terrain.

Le processus électoral est déjà considéré comme "le plus sanglant" de l'Histoire du Mexique, avec au moins 145 assassinats d'hommes politiques - dont 48 candidats ou pré-candidats -, selon le cabinet d'études Etellekt.

Dimanche, alors que quelque 89 millions d'électeurs mexicains étaient appelés aux urnes, deux militants étaient abattus.

Flora Resendiz Gonzalez, du Parti des Travailleurs (PT, opposition) a été tuée près de son domicile, dans l'Etat du Michoacan (ouest), peu avant l'ouverture des bureaux de vote pour les élections mexicaines.

Plus tard, Fernando Herrera Silva, du Parti institutionnel révolutionnaire (PRI), le parti au pouvoir, était visé à Acolihuia, dans l'Etat de Puebla (centre).

"Nous exigeons que l'Etat garantisse la sécurité du processus électoral" a indiqué le PRI dans un communiqué.

Plus de 200.000 personnes ont été tuées dans le pays depuis 2006, année où le gouvernement de Felipe Calderon (2006-2012) a déployé l'armée dans les rues pour démanteler les cartels de drogue.

La stratégie du gouvernement a abouti a fragmenter les cartels en une infinité de cellules criminelles, plus petites et plus violentes.

"AMLO" a promis d'éradiquer la pauvreté qui alimente ces violences et gonfle les rangs des groupes criminels, et promis une amnistie controversée aux petites mains des cartels pour tenter de ramener la paix sociale dans le pays.

Il veut aussi améliorer le salaire minimum, l'éducation des jeunes et lancer de grands travaux dans le pays pour enrayer la vague de violence.

"AMLO" assure pouvoir financer son coûteux programme par l'argent qu'il récupera de la corruption.

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