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L’élection présidentielle serait-elle déjà "pliée" ? Si l’on s’en tient aux enquêtes d’opinion à l’instant T, on pourrait le croire : tous les sondages donnent désormais une avance confortable pour les deux premiers - Marine Le Pen et Emmanuel Macron - sur le troisième, François Fillon, situé loin derrière le second (entre cinq et huit points de retard, selon les instituts). Au second tour, Macron l’emporterait toujours confortablement devant la présidente du Front national.

Et pourtant, tous les politologues préviennent : rien n’est encore joué ! La raison principale : les indécis. Ils sont très nombreux à ne pas encore savoir ce qu’ils vont faire lors du premier tour de l’élection, le 23 avril prochain. Selon un récent sondage Ipsos-Sopra Steria pour "Le Monde", 33 % des Français ne sont pas encore sûrs d’aller voter. Et parmi ceux qui sont certains de se déplacer, seuls deux tiers sont sûrs de leur choix. Au final, c’est ainsi près d’un électeur sur deux dont le vote n’est pas encore stabilisé. Un niveau inédit dans l’Histoire de la Ve République.

Cette très forte volatilité tient à plusieurs facteurs. D’abord, une forme de consumérisme électoral, qui fait que les votants peuvent beaucoup plus facilement passer d’un candidat à un autre. "On est plus dans la configuration qui a longtemps prévalu, avec deux grands partis, et des gens qui s’identifient très fortement soit à l’un soit à l’autre", précise à "La Libre" Bruno Jeanbart, directeur adjoint de l’institut Opinion Way.

Une campagne un peu folle

Ensuite, la campagne, d’une certaine manière, n’a pas encore démarré. "Contrairement à ce qu’on voyait dans les précédentes élections, le taux d’indécis ne recule que très lentement", ajoute Bruno Jeanbart.

En cause : une campagne un peu folle, avec un casting qui ne s’est cristallisé qu’il y a peine quelques jours. "Pendant longtemps, on n’a pas su ni si Bayrou allait se présenter, ni si Fillon allait maintenir sa candidature, ni quels ‘petits candidats’ pourraient finalement concourir", ajoute Jérome Sainte-Marie, président de l’institut Pollingvox.

Les participants désormais connus, une nouvelle phase commence, qui là aussi pourrait remettre en cause un certain nombre de grands équilibres. "Avec les débats télévisés, on devrait enfin parler du fond, et cela pourrait modifier la perception qu’ont les électeurs des uns et des autres, précise Bruno Jeanbart. C’est ce qui s’était passé lors des primaires."

La présence de petits candidats disposant du même temps de parole a également un impact mécanique, puisqu’ils grappillent forcément des points aux plus gros. Ainsi dans le sondage quotidien OpinionWay paru ce lundi matin, qui pour la première fois mesure tous les participants à l’élection, Marine Le Pen recule-t-elle d’un point (27 %), Emmanuel Macron (23 %) et François Fillon (18 %) de deux points.

Rebondissements

Dans ce contexte très incertain, Emmanuel Macron, candidat le plus "central" paraît a priori le plus friable. "Une partie des électeurs du PS hésite entre Hamon et Macron, tandis qu’une part de l’électorat de droite, se tâte encore entre Fillon et Macron", ajoute Bruno Jeanbart.

Au final, selon l’IFOP, seuls 51 % des Français déclarant voter pour Macron sont sûrs de leurs choix, contre 53 % de ceux de Hamon, 58 % pour Mélenchon, 66 % pour Fillon, et 84 % pour Marine Le Pen. "Si l’électorat du Front national est clairement le plus stable, en revanche celui de Fillon ne l’est pas forcément autant qu’on pourrait le croire, juge Bruno Jeanbart. Il n’est pas très évident à mesurer, car c’est un agglomérat qui ne correspond pas complètement à l’électorat traditionnel de la droite." Autant dire que cette campagne à rebondissements pourrait bien réserver encore quelques solides surprises.