Présidentielles: des médias sous tension

Bernard Delattre Publié le - Mis à jour le

International

Chaque présidentielle met les médias à rude épreuve. En 2002, nombre de médias dominants en termes d’audience (TF1, particulièrement) avaient été accusés de faire le jeu de la droite et de l’extrême droite, en donnant un très large écho à une série de faits divers. En 2007, les critiques contre les médias avaient dégénéré en prises à partie physiques de journalistes : lors de reportages, en banlieue par exemple. La corporation avait alors été amalgamée en une formule : "Télé Sarkozy". Car, les années précédentes, la "sarkomania" ayant déferlé sur les médias les avait conduits à couvrir de manière très extensive le moindre fait et geste de l’alors ministre de l’Intérieur. Des candidats y compris avaient protesté contre cette partialité journalistique alléguée : ainsi, la PS Ségolène Royal.

En 2012 à nouveau, les médias sont critiqués, pour cette fois ce côté "zapping" qui fait la particularité de la campagne de 2012. Du "made in France" au permis de conduire en passant par le halal ou le prix de l’essence, on passe sans cesse d’un sujet à un autre, sans ligne conductrice. C’est notamment dû à la vogue des réseaux sociaux et des télés d’info continue, peu développés en 2007. Cette instantanéité dans le traitement informatif enrage certains. Ainsi, ces derniers jours, le centriste François Bayrou n’a cessé de pointer du doigt la responsabilité de la corporation journalistique dans le caractère selon lui "frivole" de cette campagne.

Une campagne qui, sur le plan médiatique, est marquée aussi par des tensions au sein même de rédactions.

"Le Canard enchaîné" l’annonçait, mercredi : une partie de la rédaction du quotidien "Les Echos" se mobilise contre les écrits jugés outrageusement sarkozystes d’un éditorialiste - beau-frère de la ministre et porte-parole du gouvernement, Valérie Pécresse. Il y a peu, déjà, le personnel de "Libération" avait voté une motion contre le no 1 de ce quotidien, Nicolas Demorand, lui reprochant notamment "un traitement éditorial partisan en matière politique, qui semble inféoder le journal au PS". Et, ces derniers mois, les journalistes du "Figaro" avaient approuvé plusieurs motions contre la ligne de ce titre, elle jugée trop sarkozyste. "Nous ne pouvons échapper à la ligne générale d’un journal d’opinion de droite", avait persisté et signé le directeur du "Figaro", Etienne Mougeotte.

Ce journal et sa ligne sont, ces jours-ci, à l’origine d’un incident révélateur d’un deuxième type de tension : entre médias et présidentiables.

Ainsi, mardi, François Hollande a refusé d’accorder une interview au "Figaro". Justification du socialiste : "Vous avez lu "Le Figaro" depuis les derniers mois ? Chaque jour un discrédit, une déconsidération de ce que je suis. Ils en ont parfaitement le droit, c’est la liberté de la presse. La liberté doit être totale, et bien la mienne aussi." Le même jour, la Verte Eva Joly a enragé contre "le mépris" dont elle aurait été victime de la part de l’intervieweur d’Europe 1, Jean-Pierre Elkabbach - qui, en 2007 déjà, avait été traité de laquais de l’UMP par Ségolène Royal. Précédemment, des députés UMP ont boycotté le quotidien gratuit "20 Minutes", dont ils trouvent la couverture de l’élection partiale.

Le petit candidat Jacques Cheminade, lui, vitupère contre "Le Monde", qui le boycotte, vu sa personnalité improbable. Ce "Monde" qui est indirectement visé par les attaques incessantes de Nicolas Sarkozy contre deux de ses propriétaires : les millionnaires, proches du PS, Pierre Bergé et Mathieu Pigasse. D’ailleurs, ce duo, emblématique de la "gauche caviar", selon l’UMP, était sans doute aussi visé par Carla Bruni-Sarkozy. Quand, dernièrement, l’épouse du Président a fustigé l’"anti-sarkozysme" d’une "élite parisienne" et médiatique, qui "ne s’acharne pas ainsi sur M. Hollande".

A ces tensions, s’ajoutent des frictions d’un autre ordre encore : entre les présidentiables cette fois, relatives à leurs stratégies de communication.

On vient de le voir avec le centriste François Bayrou et le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan. Qui sont tombés à bras raccourcis sur le duo Sarkozy-Hollande, pour son refus d’un vrai débat télévisé entre les dix candidats. "C’est un pur scandale" que ce "service public pris en otage" par le duo dominant, s’est effaré un bras droit de François Bayrou, mercredi. Alors que le rédacteur en chef de ces émissions en a été réduit à regretter une absence de "confrontation".

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