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L’affaire se déroule dans les Hauts de Seine, ce département de la banlieue parisienne qui est aussi le fief de Nicolas Sarkozy. Et elle suscite l’ire de l’Union syndicale des magistrats (USM). Ce syndicat, majoritaire et considéré comme modéré, accuse le pouvoir politique d’exercer indirectement des "pressions" et une "tentative de déstabilisation indignes d’une démocratie" à l’encontre d’un de ses membres.

Dans son collimateur : Philippe Courroye. Longtemps magistrat financier de haut vol, ce proche de Nicolas Sarkozy est aujourd’hui procureur à Nanterre, capitale des Hauts de Seine. Il est pressenti pour être le prochain procureur de Paris. C’est lui aussi qui, fin 2007, classa sans suite l’enquête préliminaire de police sur les conditions d’achat par Nicolas Sarkozy d’un luxueux duplex à Neuilly. Philippe Courroye, cette fois, est à l’origine de la convocation, mardi, de la juge Isabelle Prevost-Desprez par sa hiérarchie. Ténor de la magistrature dans les Hauts de Seine, cette juge préside la chambre correctionnelle chargée notamment des affaires économiques et financières. Et, dans des procédures judiciaires relatives à Nicolas Sarkozy, n’a pas été dans le sens de ce dernier.

Mardi, la magistrate a donc été entendue par sa hiérarchie, à la suite des "griefs" formulés à son encontre par le procureur Courroye. Entendue dans le cadre d’une simple explication, assurent ses supérieurs, pour qui "l’affaire est close". Dans le cadre d’"une procédure disciplinaire scandaleuse" selon l’USM, qui dénonce une "tentative de déstabilisation d’un juge du siège par un procureur". Et voit dans cette affaire une énième tentative du pouvoir sarkozyste de mettre la magistrature au pas.

En l’occurrence, Philippe Courroye accuse la juge Prevost-Desprez de "manquements graves" à sa fonction. Elle avait osé publiquement s’étonner que, dans une enquête pour des faits présumés de favoritisme dans les Hauts de Seine, ce procureur n’ait pas jugé bon d’interroger une intime de Nicolas Sarkozy : Isabelle Balkany, vice-présidente de l’assemblée départementale et marraine politique de Jean Sarkozy. Dans un autre dossier déjà, la juge n’avait pas suivi Philippe Courroye et tranché en défaveur de Nicolas Sarkozy. C’est l’affaire du piratage des comptes bancaires du Président par de petits escrocs. Elle avait jugé impossible de statuer sur la demande de dommages et intérêts de l’hôte de l’Elysée tant qu’il serait en fonction, vu l’immunité dont il jouit pendant son mandat.

C’est cette juge aussi qui a ordonné une expertise médicale à Liliane Bettencourt, dans le litige qui oppose l’héritière de L’Oréal à sa fille. Expertise contraire au vœu de Nicolas Sarkozy, pour qui, selon des échos, l’intéressée a toute sa tête.

Du coup, selon l’USM, "le seul tort (de cette magistrate) semble être d’avoir fait preuve d’indépendance" à l’égard du sommet du pouvoir.