Proches d'Assad tués, vote à l'ONU reporté

AFP Publié le - Mis à jour le

International

Le vote prévu mercredi à l'ONU sur une résolution occidentale menaçant le régime syrien de sanctions a été reporté à jeudi matin à la demande de Kofi Annan qui espère encore un compromis avec Moscou, ont indiqué des diplomates.

"Nous voterons demain (jeudi) matin", a déclaré à la presse l'ambassadeur britannique Mark Lyall Grant, à l'issue de consultations entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

Selon l'ambassadeur chinois Li Baodong, les négociations vont se poursuivre avec pour objectif "un accord sur un document consensuel".

L'ambassadeur français Gérard Araud a cependant affirmé que le cadre des négociations devait être "une résolution sous chapitre VII avec une menace de sanctions". "Dans ce cadre nous sommes prêts à négocier". Il a dit "espérer" une évolution de la position des Russes, qui ont dit clairement qu'ils opposeraient leur veto au texte occidental.

L'ambassadrice américaine Susan Rice a affirmé ne rien attendre de nouveau de la part de Moscou. "Nous avons eu une discussion utile mais que je ne qualifierais pas de négociation", a-t-elle déclaré.

Le chapitre VII de la Charte des Nations unies prévoit des mesures coercitives pour contraindre un pays à se plier à une décision de l'ONU. La résolution présentée par la France, les Etats-Unis, l'Allemagne, le Portugal et le Royaume-Uni évoque uniquement d'éventuelles sanctions économiques ou diplomatiques -- et non l'usage de la force -- si l'armée syrienne ne cesse pas d'utiliser ses armes lourdes contre l'opposition.

C'est à la demande de l'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe Kofi Annan que le report a été décidé, selon des diplomates. M. Annan "croit qu'il est possible de parvenir à un compromis avec la Russie sur une résolution" et les Occidentaux "ne peuvent pas lui refuser un petit délai", a expliqué un diplomate occidental.

Kofi Annan est rentré à Genève après une visite à Moscou où il a rencontré mardi le président Vladimir Poutine et le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

Mardi soir, des diplomates occidentaux prévoyaient qu'un vote au Conseil se solderait par un double veto russe et chinois, le troisième depuis le début de la crise syrienne en mars 2011.

Moscou s'oppose à toute sanction contre son allié syrien et a déposé un projet rival de résolution qui a peu de chances d'être adopté. "Les sanctions, nous ne pouvons les accepter", a réaffirmé mercredi M. Lavrov.

Le Conseil a jusqu'à vendredi soir pour adopter une résolution sur le sort des 300 observateurs de la Mission d'observation de l'ONU en Syrie (Misnus), dont le mandat expire à cette date. Les Occidentaux veulent assortir son renouvellement de pressions sur Damas et la Russie veut se contenter de prolonger la mission.

Sur le terrain les combats se sont intensifiés dans la capitale depuis dimanche et un attentat a tué mercredi trois hauts responsables syriens, dont le beau-frère du président Bachar al-Assad, touchant le coeur de l'appareil sécuritaire du régime.

Mais Occidentaux et Russes en ont tiré publiquement des conclusions diamétralement opposées. Pour Sergueï Lavrov, "dans ce contexte, l'adoption de la résolution (occidentale) serait un soutien direct à un mouvement révolutionnaire. S'il est question d'une révolution, l'ONU n'a aucun rapport avec ça".

Par contre, le secrétaire américain à la défense Leon Panetta et son homologue britannique Philip Hammond ont jugé que la situation en Syrie "devient incontrôlable" et qu'il est donc d'autant plus urgent de faire pression sur Damas.

"C'est une situation qui devient rapidement incontrôlable et pour cette raison, il est extrêmement important de travailler avec les autres pays qui partagent cette inquiétude afin de mettre le plus de pression possible sur (le président syrien Bachar) al-Assad pour qu'il quitte le pouvoir et permette une transition pacifique", a affirmé M. Panetta.

Se pose désormais aussi la question de la sécurité de la Misnus, qui est basée dans la capitale, ont souligné des diplomates à l'ONU. Les 300 observateurs, déployés à la mi-avril pour surveiller un cessez-le-feu qui n'a jamais été respecté par les deux camps, ont suspendu depuis la mi-juin la plupart de leurs activités sur le terrain en raison des combats.

"Bataille de Damas": Des proches d'Assad tués

Trois hauts responsables en première ligne dans la répression de la révolte en Syrie, dont le beau-frère du président Bachar al-Assad, ont été tués mercredi à Damas dans un attentat suicide spectaculaire qui porte un coup terrible à l'appareil sécuritaire syrien.

L'attentat, perpétré par un garde du corps d'un haut responsable selon une source de sécurité, a été revendiqué par l'Armée syrienne libre (ASL, composée en majorité de déserteurs) qui avait annoncé la veille "la bataille pour la libération de Damas", où des combats faisaient rage.

Contrairement aux attentats précédents en Syrie, aucune image n'a été diffusée par la télévision officielle. Les rues de Damas étaient quasi-désertes mercredi en fin d'après-midi.

"Le vice-ministre de la Défense, le général Assef Chawkat, a été tué dans (un) attentat terroriste qui a visé le bâtiment de la Sécurité nationale à Damas", a affirmé la télévision syrienne.

Ultra-protégé, cet édifice situé dans le centre-ville est le symbole de la répression du mouvement de contestation.

Le ministre de la Défense, le général Daoud Rajha, et le général Hassan Turkmani, chef de la cellule de crise mise en place pour mater la révolte, ont également péri dans l'attaque, selon la chaîne.

L'attentat a également blessé le ministre de l'Intérieur, Mohammad Ibrahim al-Chaar, et le chef de la Sécurité nationale, Hicham Ikhtiar, a indiqué à l'AFP une source au sein des services de sécurité.

Selon elle, l'attentat a été mené par un kamikaze muni d'une ceinture d'explosifs au moment d'une réunion de ministres et de responsables de sécurité. D'après la même source, le kamikaze est "un garde du corps d'un des participants à la réunion".

Coup sévère pour le régime

L'ASL a affirmé qu'il s'agissait de "la première d'une série de grandes opérations visant à faire chuter Assad et l'ensemble des piliers et symboles du régime".

Les rebelles ont réitéré que ceux "qui n'ont pas de sang sur les mains" avaient jusqu'à fin juillet pour faire défection, sous peine sinon d'être considérés, selon le communiqué, comme "des complices des meurtres d'Assad".

Le régime a rapidement annoncé la nomination d'un nouveau ministre de la Défense, le général Fahd al-Freij, jusque-là chef d'état-major.

"Nos forces armées sont solides et leur moral est au plus haut. Elles continuerons à poursuivre les terroristes jusqu'à ce que le complot visant la Syrie soit écrasé", a-t-il dit lors de sa première intervention.

Depuis le début de la révolte, les autorités qualifient les rebelles de "terroristes", aidés selon elles par des pays étrangers.

Pour l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), la mort du général Chawkat est un "coup sévère pour le régime car il assumait le tout premier rôle dans les opérations des forces régulières pour écraser la révolution".

Le régime avait déjà subi un coup dur début juillet avec l'annonce de la défection sans précédent d'un haut gradé de l'armée, proche de la famille Assad et ami d'enfance du chef de l'Etat, le général Manaf Tlass.

Les forces du régime ont pilonné mercredi les quartiers de Qaboune et de Barzé à Damas, alors que les combats entre rebelles et armée se poursuivaient dans les quartiers de Midane et de Kafar Soussé, dans le sud et l'ouest de la capitale.

Les combats, les plus violents dans la capitale depuis mars 2011, ont débuté dimanche soir dans plusieurs quartiers périphériques.

Plus de soixante soldats ont été tués ces dernières 48 heures à Damas dans ces affrontements, a indiqué l'OSDH.

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