International

Les principaux faits à retenir:


Un haut gradé de l'armée burundaise, le Général Godefroid Niyombaré, a annoncé sur les ondes de la radio privée Insaganiro ce mercredi qu'il destituait le président Pierre Nkurunziza et limogeait le gouvernement actuel. "Observant avec désolation les violences, le cynisme qui a caractérisé Pierre Nkurunziza, les forces de sécurité décident de prendre la destinée du pays en main, Nkurunziza destitué" a déclaré le militaire, selon la journaliste Sonia Rolley, envoyée spéciale pour RFI. Le Général Godefroid Niyombaré avait été limogé en février par le chef de l'Etat après lui avoir déconseillé de briguer un troisième mandat jugé inconstitutionnel par ses adversaires politiques.

Ce coup d'Etat a lieu alors que le président burundais est actuellement en déplacement en Tanzanie pour un sommet de dirigeants est-africains sur la crise que traverse son pays.

Le général Burundais a annoncé sa volonté d'une "reprise du processus électoral" , au coeur de la crise auquel est confronté le Burundi. "Il est institué un comité pour le rétablissement de la concorde nationale, temporaire et ayant pour mission entres autres le rétablissement de l'unité nationale" et "la reprise du processus électoral dans un climat serein et équitable". Selon lui, la candidature de Nkurunziza à la présidentielle s'est faite "au mépris" des Burundais.

© AFP
Le président Pierre Nkurunziza en juin 2014

Après les tensions, la phase de flottement

Les policiers quittent petit à petit le centre de Bujumbura, les militaires fraternisent. Après les tensions, l'heure est aux tractations. Militaires, loyalistes et putschistes discutent. Les manifestants défilent sur des tanks.

De son côté, la présidence a annoncé dans un communiqué que la situation était maîtrisée. Même son de cloche du côté de la RTNB, toujours aux mains de la présidence, où le directeur assure que "tout va bien, il n'y pas de coup d'état. Demandez aux radios qui ont diffusé le message."

Le général Godefroid Niyombaré a ordonné la fermeture des frontières et de l'aéroport. Des centaines de manifestants qui s'étaient rassemblés devant l'aéroport en repartaient quand le journaliste de l'AFP est arrivé. Eux affirmaient avoir accepté de partir après discussion avec les militaires, qui les auraient convaincus qu'ils étaient derrière Godefroid Niyombare.

© AP
Un soldat burundais ce mercredi montrent sa joie dans les rues de la capitale

Le retour à Bujumbura du président burundais Pierre Nkurunziza, semblait donc pour l'heure compromis. Le président burundais Pierre Nkurunziza a quitté Dar es Salaam, où il devait prendre part à un Sommet sur la crise pré-électorale dans son pays, pour retourner à Bujumbura, a annoncé la présidence tanzanienne. "Il est parti à cause de la situation prévalant au Burundi", a indiqué à Dar es Salaam Salva Rweyemamu, porte-parole de la présidence tanzanienne. La situation restait confuse mercredi soir à Bujumbura, où il n'était pas possible de savoir qui détenait les rênes du pouvoir.


Le général Niyombaré, une personnalité respectée dans son pays

Ancien compagnon d'armes de Pierre Nkurunziza au sein de la rébellion hutu du Cndd-FDD, devenu le parti au pouvoir depuis la fin de la longue guerre civile (1993-2006), le général Niyombare est, dans son pays, une personnalité respectée pour sa droiture et est considéré comme un homme de dialogue. Après la guerre, il était devenu chef d'état-major adjoint, puis chef d'état-major de l'armée burundaise. Nommé en décembre 2014 à la tête du Service national de renseignements (SNR), il avait été limogé moins de trois mois plus tard.

Plus tôt ce matin

Ce mercredi matin, c'était la première fois depuis le début de la contestation, le 26 avril, qu'un groupe de manifestants parvenait à se rassembler sur la place de l'Indépendance, en plein centre-ville. Toute la matinée, la police avait tenté d'empêcher des petits groupes de manifestants de se regrouper dans le centre.

Depuis le 26 avril, la police bloque les protestataires dans les quartiers périphériques de la capitale pour les empêcher de converger vers le centre de Bujumbura et s'y rassembler. Mercredi matin, une centaine de femmes, dont des jeunes filles, s'était rassemblées pour un sit-in dans le centre de la capitale mais avaient été rapidement dispersées à coups de gaz lacrymogènes.

Quelques centaines de jeunes avaient également été dispersés, à coups de gaz lacrymogènes et de tirs de sommation, alors qu'ils arrivaient à 50 mètres environ d'un des axes majeurs de la ville menant à la présidence. La police a également empêché toute la matinée tout regroupement près de l'ancien marché central de la capitale, où tentaient de converger des petits groupes, et interdit la circulation des piétons sur plusieurs grands axes du centre, selon le correspondant de l'AFP.

Reynders appelle tous les acteurs à la retenue

Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, a appelé mercredi "l'ensemble des acteurs" de la crise burundaise à la retenue assurant que son département suivait la situation de près notamment en raison de la présence au Burundi de quelque 750 ressortissants belges. "C'est un appel (que je lance) à la retenue à l'ensemble des acteurs sur le terrain" pour "éviter que l'on se retrouve avec une situation encore plus dramatique" , a-t-il affirmé à quelques journalistes belges en marge d'une réunion de l'Otan en Turquie.

M. Reynders a dit souhaiter un "retour à une application correcte" des accords de paix d'Arusha (Tanzanie), qui ont mis fin à une longue guerre civile et qui interdisent à tout chef de l'Etat d'effectuer plus de deux mandats.

© Photo News

Ce petit pays d'Afrique centrale est secoué depuis le 26 avril par un mouvement de contestation à la candidature de M. Nkurunziza à la présidentielle du 26 juin. Les manifestations contre un troisième mandat du chef de l'Etat, au pouvoir depuis 2005, ont été marquées par de nombreuses violences, qui ont fait une vingtaine de morts.

Mercredi, l'ancien chef du service de renseignements burundais, le général Godefroid Niyombare, a annoncé la destitution du président Nkurunziza, en déplacement à Dar es Salaam, pour un sommet régional.

M. Reynders a assuré que des mesures avaient été prises pour assurer la sécurité des quelque 750 Belges vivant dans le pays. "On leur conseille de suivre les indications de l'ambassade" à Bujumbura, a-t-il expliqué.

Un avion de Brussels Airlines dévié à Nairobi

Un avion de la compagnie Brussels Airlines qui devait atterrir à Bujumbura a été directement dévié vers Nairobi au Kenya, sa destination finale. Trente-six personnes devaient initialement débarquer dans la capitale burundaise. L'information a été annoncée par le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders qui était en Turquie mercredi pour un sommet de l'Otan. Elle a été confirmée par la compagnie aérienne.

L'avion de la compagnie belge devait rallier Bujumbura cet après-midi avant de se rendre à Nairobi. Vu la tentative de coup d'État et la fermeture de l'espace aérien burundais depuis 16h30, le vol s'est directement rendu à destination de la capitale kényane.

"Les 36 personnes qui devaient débarquer à Bujumbura ont la possibilité de rester à Nairobi ou de rentrer vers Bruxelles", indique Kim Daenen de Brussels Airlines.

Le vol qui devait relier Bujumbura à Bruxelles ce mercredi soir est quant à lui annulé. Quelque 110 personnes devaient quitter le Burundi à son bord.

Un nouveau vol Bruxelles-Bujumbura est prévu vendredi. Son maintien ou son annulation feront l'objet d'une décision jeudi, indique Brussels Airlines, qui ajoute que son personnel sur place est "sain et sauf".

Consultations d'urgence au Conseil de sécurité jeudi

Le Conseil de sécurité tiendra jeudi des consultations d'urgence sur la crise au Burundi.

Les ambassadeurs des 15 pays du Conseil entendront un exposé de la situation fait par vidéoconférence par l'émissaire de l'ONU au Burundi Saïd Djinnit.

Celui-ci se trouvait mercredi à Dar es Salaam pour un sommet régional consacré au Burundi.

Cette réunion a été convoquée à la demande de la France.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a appelé "toutes les parties à faire preuve de calme et de retenue" et a "rappelé à tous les dirigeants burundais la nécessité de préserver la paix et la stabilité dans un pays qui a tant souffert de précédents accès de violence".