Quand des étudiants en journalisme font leurs classes au front en Irak

AFP Publié le - Mis à jour le

International

Trois étudiants américains en journalisme d'Alaska, chaperonnés par leur professeur, ont choisi de passer leur mois d'août de manière plutôt surprenante: au front, en Irak, avec des soldats américains, dans la région la plus dangereuse du pays.

Tom Hewitt, 26 ans, Jessica Hoffman, 28 ans, et Jennifer Canfield, 25 ans, se sont portés volontaires pour suivre pendant un mois les périples d'une brigade de combat de la 25e division d'infanterie de l'armée américaine. "C'est une zone de guerre, ça va être dangereux. Mais je m'étais promise de partir faire du reportage à l'étranger, donc je ne pouvais pas dire non quand cette opportunité s'est présentée", a confié Melle Canfield à la presse américaine avant son départ.

Pendant leur séjour dans la très instable province de Diyala (nord de l'Irak), où les températures dépassent allègrement les 50 degrés, les apprentis-reporters, accompagnés d'un enseignant du département de journalisme de l'Université d'Alaska (nord des Etats-Unis), envoient des articles aux journaux et télévisions de leur Etat, tout en écrivant un blog (shorttimers.blogspot.com). Depuis l'invasion américaine en Irak, en mars 2003, des centaines de journalistes se sont immergés dans le quotidien des GIs pour couvrir ce conflit sous l'angle militaire.

Mais l'envoi dans le pays en guerre d'étudiants en journalisme est une première. Et l'initiative suscite à la fois enthousiasme et perplexité. "C'est une entreprise extrêmement inhabituelle en raison du degré de risque", a déclaré à l'AFP Ellen Shearer, qui enseigne le journalisme à la Northwestern University et anime un cours sur "la couverture des conflits et de la sécurité nationale".

"Le journalisme peut être dangereux et nous aurions tort de ne pas en faire prendre conscience aux étudiants. Reste à savoir si c'est le meilleur moyen de le faire", s'interroge-t-elle, en espérant qu'ils ont bénéficié d'"un entraînement suffisant". L'idée revient au président de l'Université d'Alaska, Mark Hamilton, un général en retraite, qui a lancé un appel à candidatures et débloqué le budget: 35.000 dollars, assurance comprise, souscrite pour 4.500 dollars auprès de Reporters sans frontières-Canada. L'armée américaine a gracieusement fourni les gilets pare-balles.

"Jusqu'ici, le programme s'est révélé très intéressant, à la fois pour les journalistes et pour les soldats", a assuré dans un courriel à l'AFP Chris Hyde, porte-parole de la brigade d'accueil, basée en Alaska, en précisant qu'ils avaient eu l'occasion de suivre "des patrouilles, la libération de détenus, des cérémonies, et même une mission d'assaut aérien". Selon le professeur qui les accompagne, Brian O'Donoghue, il s'agit de faire couvrir à ces étudiants une "grosse histoire", et "d'arriver à se concentrer sur un angle" sans se noyer dans l'ampleur du sujet.

En guise de préparation, les étudiants ont discuté avec des correspondants de guerre et ont été tenus de lire des articles relatant la mort de reporters en zone de conflit, alors que 139 journalistes ont péri en Irak depuis 2003, a-t-il expliqué dans un courriel à l'AFP.

Dès leur arrivée à Bagdad, les aspirants journalistes ont connu une sueur froide: d'après leur récit sur internet, leur convoi a échappé à quelques minutes près à l'explosion sur la route d'une bombe artisanale.

"Le niveau de risque reste pour l'instant raisonnable en ce moment en Irak, mais c'est la guerre. Et j'étudierai très sérieusement la situation avant d'envisager de réitérer l'expérience", admet Brian O'Donoghue.

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