International La déferlante mondiale #MeToo traverse aussi la Corée du Sud conservatrice. La voie a été ouverte par une commerciale irréductible partie à l'assaut du mastodonte Samsung, qui a gagné sa plainte pour harcèlement et changé de carrière pour devenir avocate.

Lee Eun-eui, 44 ans, consacre désormais son énergie à aider les victimes d'abus sexuels.

De plus en plus de Sud-Coréennes sortent de leur silence pour accuser des puissants du monde de la politique, des arts, de l’éducation ou encore de la religion.

Mme Lee est une pionnière. Commerciale d'élite chez Samsung Electro-Mechanics, unité de composants du conglomérat géant, elle s'est plainte en 2005 auprès de sa direction du comportement d'un supérieur qui l'avait touchée et harcelée verbalement pendant des années. Le supérieur a été muté sans aucune enquête et Mme Lee fut affublée de l'étiquette d’agitatrice ayant "poignardé" son patron dans le dos.

"Pendant plus d'un an, on ne m'a plus donné de travail. (...). Mon évaluation professionnelle a plongé", explique-t-elle. Elle fut mutée dans une autre unité. Son nouveau chef lui dit qu'il ne l'aimait pas et qu'il ne voulait pas travailler avec elle. "Les autres collèges refusaient aussi de me parler".

Elle a fini par sombrer dans la dépression. Elle avait le choix entre démissionner ou "rester et subir en silence des entraves professionnelles", raconte-t-elle.

"Je n'avais rien fait de mal. Alors j'ai décidé de me battre."

Elle a porté plainte pour harcèlement sexuel et moral auprès de la Commission nationale des droits de l'Homme, puis déposé plainte au pénal. Samsung a tout démenti mais la Commission a donné raison à Mme Lee avant qu'un tribunal ne lui octroie en 2010 37,5 millions de wons de dommages et intérêts (28.400 euros).