Que commémore-t-on le 14 juillet ?

François Paquay Publié le - Mis à jour le

International

Nous sommes en 1880, un peu plus d'un siècle après le début de la Révolution française. La Troisième République, née dix ans plus tôt, commence à se consolider, et décide de se doter de symboles, de rituels. Quand vient le moment de choisir le jour de la Fête nationale, les républicains sont attentifs à plusieurs paramètres; la fête doit commémorer un événement au cours duquel le peuple a joué un rôle majeur, luttant pour son émancipation et sa liberté, sans qu'il ait versé dans la violence gratuite.

Plusieurs scénarios sont envisagés. La révolution de 1830 et les Trois Glorieuses? Difficile, car celle-ci a vu l'arrivée au pouvoir de Louis-Philippe Ier et des Orléanistes... La révolution de 1848 alors? Délicat, puisqu'elle s'est terminée rapidement, par une répression qui mit en place, à terme, le Second empire... Pourquoi pas 1870 ? Pas terrible, car point de vue efficacité, on a déjà vu mieux; les républicains auront mis dix ans à maîtriser les institutions.

Dès lors, les révolutionnaires jettent leur dévolu sur la révolution française... Mais quelle date choisir ? Le débat fait rage. La bataille de Valmy, le 20 septembre 1792, présente l'avantage de tomber en début d'année scolaire, juste après les vendanges. Mais cette bataille fait suite à un renversement de la monarchie trop violent. Le 4 août 1789, jour où fut votée l'abolition des privilèges et des droits féodaux, semble faire consensus, mais ce sont les privilégiés, justement, qui, ce jour-là, ont renoncé à leurs droits. Pas de référence au peuple, donc.

Par élimination, les républicains choisissent donc le 14 juillet. Et pour mettre tout le monde d'accord... et parvenir au compromis nécessaire, deux événements s'étant déroulé un 14 juillet sont commémorés.

14 juillet 1789: la prise de la bastille

Le 13 juillet 1789, une milice forte de 40.000 hommes se lance à l'assaut de la Bastille, prison symbole de la tyrannie et de l'arbitraire royal. N'étant pas armés, les révolutionnaires pillent des lieux de détention de matériel de combat. Au matin du 14, la foule se rend aux Invalides et exige d'avoir accès aux armes. Après avoir obtenu gain de cause, ils se mettent en chasse de poudre et de balles. Direction: la Bastille, qui faisait office de prison et de dépôt d'armement. Les délégations se succèdent auprès du gouverneur de Launay, qui refuse de leur donner des munitions. Les défenseurs de la Bastille ouvrent le feu sur la foule. Finalement, la garnison de la Bastille se rend, et les révolutionnaires prennent possession de la prison, emportant de la poudre, et libérant au passage quelques prisonniers du pouvoir. Ils étaient nettement moins nombreux qu'espéré par les révolutionnaires. Un jeune boucher tranche la tête du gouverneur de Launay avec un canif. Victorieux, les révolutionnaires promènent les têtes des vaincus jusqu'au Palais Royal.

Le peuple s'est donc bel et bien libéré, il est devenu acteur de sa propre histoire, mais il s'est également rendu coupable de violence gratuite. Les républicains décident donc d'ajouter le 14 juillet 1790, plus calme, aux commémorations.

14 juillet 1790: la Fête de la Fédération

Un an après le début de la révolution, La Fayette, nommé commandant de la garde parisienne par Louis XVI, lance l'idée d'organiser une fête nationale pour célébrer le premier anniversaire de la prise de la Bastille. Cette fête, à laquelle le roi assiste vraisemblablement, est censée célébrer l'unité de tous les Français. C'est la Fête de la Fédération, qui rassemble quelques 100.000 spectateurs sur le Champ de Mars. On parle de « fédération » car en effet, à l'époque, le mouvement révolutionnaire souhaite instaurer un État fédéral, transformant les 83 départements en États. Ceux-ci peuvent à tout moment déclarer leur indépendance ou s'allier entre eux. Afin d'éviter cela, l'Assemblée constituante organise la Fête de la Fédération, qui rassemble tous les fédérés, afin d'affirmer leur unité.

On retrouve dans cette fête toute une série de points communs avec le défilé tel qu'il est organisé de nos jours ; le roi, assis sous un chapiteau, face à un arc de triomphe, regarde défiler les fédérés.

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