International L’accès au marché sans droits de douane ni quota est la clef d’un accord de l’OMC à Hong Kong sur un paquet de mesures en faveur des pays les moins avancés (PMA) avec, dans la meilleure tradition de l’organisation, des enjeux politiques majeurs derrière les arguties techniques.

Ce dossier, devenu prioritaire avec l’enlisement de la négociation sur les principaux volets du cycle de Doha, a provoqué, dans la nuit de mercredi à jeudi, de fortes tensions entre les PMA et les Etats-Unis, qui insistent, comme le Japon, pour exclure certains produits (textiles, riz, cuirs, etc.) de cette ouverture totale et la rendre éventuellement réversible.

Dans une intervention obtenue par l’AFP, le coordinateur des PMA, le ministre du commerce de Zambie Dipak Patel, a estimé que ces limitations reviendraient pour les pays les plus pauvres «à accepter que tous les pays développés choisissent pour quels produits ils sont prêts à offrir un accès au marché sans tarif et sans quota». Cela aboutirait, a-t-il ajouté, à une liste qui «très probablement exclurait la plupart des produits que les PMA ont intérêt à exporter. «Une fois de plus, on nous donne un chèque sans argent en banque», a-t-il ajouté, sur un ton qui a profondément irrité le représentant américain pour le commerce Rob, Portman, selon des participants. «Il n’est pas trop tard pour que les pays développés avalent leur propre médicament», puisqu’il affirment que la libéralisation des échanges profitera aux pauvres, et «tiennent leur promesses», avait poursuivi M. Patel.

Pendant ces échanges, des arguments techniques ou de droit ont été invoqués pour questionner la possibilité d’un traitement privilégié pour les PMA, les cinquante pays les plus pauvres de la planète. Selon M. Patel, cela aboutirait à diviser les PMA entre eux, les placeraient à la merci de procédures contentieuses ou les priveraient de «la sécurité, prévisibilité et stabilité» indispensables pour attirer les investisseurs.

L’Union européenne, qui avait ouvert la voie en 2001 avec son initiative Tout sauf les armes, est à nouveau monté au créneau jeudi pour appuyer les demandes des PMA. «SQ et ST doit être TP et TC», a lancé le commissaire européen au Commerce Peter Mandelson, en caricaturant le jargon de l’OMC. Traduction: une régime sans quota et sans tarif vaut pour tous les pays et tous les produits.

Pour Dipak Patel, «la vraie négociation a commencé et nous donnons une chance aux discussions», disait-il.

Afin d’amadouer les PMA, M. Portman a annoncé mercredi un doublement d’ici 2010 de leur contribution pour l’aide au commerce, à 2,7 milliards de dollars par an. Les Etats-Unis emboîtent ainsi le pas au Japon et à l’UE qui avaient avancé des montants avoisinnants.

L’aide au commerce (Aid for Trade en anglais) est devenue une dimension essentielle du soutien aux pays les plus pauvres (PMA), qui doivent acquérir les diverses infrastructures nécessaires pour mieux s’intégrer aux échanges mondiaux.

Toutefois, l’aide américaine sera conditionnée à l’ouverture des marchés des pays en développement et reprend des sommes en partie déjà promises, selon l’ONG Oxfam. Il en va de même pour le Japon, dont l’offre consistera en partie en prêts remboursables.

Simultanément, les Etats-Unis, mis sur la sellette pour les énormes subsides versés à leurs cotonniers, ont offert de supprimer les droits de dounanes sur le coton importé des pays producteurs d’Afrique de l’Ouest. Une annonce «positive» mais qui «ne résoudra pas le problème» posé par les subventions, selon un porte-parole la Commission européenne.