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Mercedes Bresso est eurodéputée italienne, originaire du Piémont, région frontalière avec la France. Alors que La Ligue, parti d’extrême droite italien, détient le ministère de l’Intérieur, nous avons interrogé l’élue démocrate sur la politique migratoire et l’impact des contrôles français à la frontière italienne depuis près de trois ans.

L’accession au pouvoir de La Ligue et du Mouvement 5 Étoiles se fait-il sentir à la frontière franco-italienne ?

La situation reste complexe parce que les Français bloquent le passage des migrants mais, pour le moment, il n’y a pas plus de signaux de tension que d’habitude. Les gens qui soutiennent Matteo Salvini se trouvent surtout sur les réseaux sociaux, ils ne se font pas voir, ni à Vintimille ni à Bardonecchia.

Comment expliquez-vous que beaucoup de migrants arrivent à passer malgré tout ?

Nous sommes dans une région de bord de mer qui monte immédiatement vers les Alpes. Il y a des endroits bien connus des passeurs d’autrefois. Les résistants, les partisans passaient par là et, en réalité, cela n’a jamais arrêté depuis. Comme à toutes les frontières, quelqu’un qui veut passer arrive à passer, même si elles sont fermées.

Comment, en Italie, voyez-vous le retour des contrôles à l’intérieur de l’espace Schengen ?

Cela ne bloque rien du tout. Cela sert seulement à nous embêter pendant nos vacances. Il n’y a pas de gros flux migratoires circulant en Europe en ce moment. La Suisse, qui est calme et politiquement sérieuse, ne dit rien; s’il y avait un problème, on l’entendrait. Ceux qui ne font pas de politique sur la peau des gens considèrent que la situation est en ordre. Il n’y a aucun problème de réfugiés ou de migrants en ce moment en Italie, il n’y a qu’un problème politique monté par Matteo Salvini.

L’intérêt de l’Italie n’est-il pas de voir partir les migrants ailleurs en Europe ?

On ne va pas les pousser en cachette vers la frontière ! L’intérêt de l’Italie est d’avoir un nouveau règlement de Dublin. Le Parlement européen, qui s’est entendu sur cette question, propose un statut unique pour les réfugiés et leur répartition en tenant compte autant que possible de leurs préférences. S’ils se trouvent dans un endroit où ils sont d’accord de s’installer, c’est beaucoup plus facile à gérer. S’ils ont comme unique objectif de s’en aller d’un pays où ils sont contraints de rester, il sera très compliqué de les bloquer - à moins de les mettre dans des camps fermés, ce qui est intolérable.