International

Le parti d'Angela Merkel vient de proposer la restauration de la conscription en Allemagne. Une tentation qui existe et qui a parfois abouti à travers l'Europe.

La question revient régulièrement dans le débat public. Doit-on avoir un service militaire ? C'est une question qui est présente dans toute l'Europe. Aujourd'hui, c'est l'Allemagne qui en est l'exemple. En mars dernier, un sondage Ipsos estimait que 65 % des Belges étaient favorables à son retour. Mais d'un pays à un autre, rétablir cette obligation répond à des préoccupations différentes.

Beaucoup de propositions font chou blanc

En Europe de l'Ouest et centrale, l'argument qui revient le plus souvent, c'est celui de former les jeunes à la vie. Cette idée a notamment été défendue par le parti d'Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle de 2017. Objectif : prodiguer « discipline et autorité, [une] connaissance des priorités stratégiques du pays, [des] activités physiques et sportives ». En Italie, le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini (Lega) s'est montré plusieurs fois favorable à une réintroduction similaire. Pareil dans les Balkans où plusieurs propositions ont été émises.

Mais dans cette partie du continent, aucune de ces tentatives n'a pour l'instant abouti sur un passage obligatoire par l'armée. Le projet de service national présenté par le gouvernement français n'a finalement rien de militaire. En Belgique, le ministre de la Défense Steven Vandeput s'est déclaré opposé à tout changement.

Depuis l'abolition du service militaire, les priorités sont différentes. L'heure est maintenant à la professionnalisation de l'armée avec des plus petits effectifs. Les budgets ne sont plus adaptés à une nouvelle conscription, que ce soit au niveau des casernes, du matériel, etc. Et cela sans compter l'investissement très important qu'il faudrait mettre sur la table en cas de retour en arrière.

Seuls quelques pays se distinguent pour ne jamais avoir aboli le devoir de se présenter à l'armée. Il y a notamment la Grèce, l'Autriche ou encore la Suisse. Dans ces deux derniers États, la population a entériné par référendum la persistance du service, respectivement à 59 % et 73 %.


Une odeur de Guerre froide

Ce n'est qu'en se rapprochant de la Russie que la conclusion est différente. Dans cette Europe orientale, un autre facteur est pris en compte : la menace russe. Les autres États européens qui n'ont jamais abrogé le service militaire se trouvent d'ailleurs dans cette région. C'est le cas de l'Estonie, de la Norvège et de la Finlande.

Et d'autres ont remis la conscription au goût du jour. La Lituanie en 2015, la Suède en 2017. Ces décisions ont été prises alors que les intrusions d'avions militaires russes se sont multipliés dans leurs espaces aériens ces dernières années. Moscou s'est taillé une place dans le débat public régional et elle ne manque pas de continuer de l'alimenter aujourd'hui. En Ukraine, l'ancien président pro-russe Viktor Ianoukovytch avait supprimé le service militaire. Mais après la chute de son gouvernement et l'intervention russe en Crimée en 2014, un virage à 180° a été opéré.

Seul un État se distingue du reste de l'Europe : la Moldavie. Le parti démocrate moldave veut ainsi faire le chemin inverse en rayant l'obligation qui frappe encore les jeunes du pays. Mais la mesure est controversée. Elle est considérée par les médias locaux comme une promesse de campagne populiste, les élections se tenant prochainement dans le pays.