International

Alors que l'Italie traverse une crise politique sans fin, le leader du Mouvement 5 Étoiles Luigi Di Maio souhaite la destitution du président.

En pleine tempête politique, le président Sergio Mattarella a désigné ce lundi le "Monsieur Austérité" italien, Carlo Cottarelli, pour mener le pays vers de nouvelles élections. Cette désignation ne va pas manquer d'attirer les foudres des deux forces politiques sorties vainqueurs des élections, le Mouvement 5 Étoiles (formation antisystème) et la Ligue du Nord (extrême droite).

Carlo Cottarelli
© AFP

Une journée auparavant, c'est pourtant Giuseppe Conte qui avait été désigné Premier ministre, soutenu par la Ligue et le M5S. Alors que le gouvernement semblait enfin se former, c'est après une entrevue entre Conte et le président Sergio Mattarella que l'échiquier politique s'est vu bousculer.

Giuseppe Conte a jeté l’éponge face au refus de Mattarella de nommer le ministre des Finances choisi par les populistes et jugé trop anti-euro. Giuseppe Conte voulait ainsi nommer Paolo Savona, eurosceptique affiché et opposé à l'euro.

Un président qui se bat pour ses principes et ses pouvoirs

Elu en février 2015 au suffrage universel indirect, par un Parlement alors à majorité de centre-gauche, Sergio Mattarella est un Sicilien très à cheval sur ses prérogatives, quitte à semer le chaos politique dans son pays. "On ne peut m'imposer les noms des ministres", a-t-il déclaré dans ce que les médias décrivaient dimanche comme une volonté farouche de défendre coûte que coûte l'institution présidentielle et "ne pas rendre à son successeur une fonction vidée de ses pouvoirs".

En Italie, le président doit veiller à garantir l'unité nationale et à ce que les lois et la Constitution soient respectées. Pour ce faire, il est élu pour un mandat de sept ans par les membres du Parlement et par des délégués régionaux. Le Président doit détenir la nationalité italienne, avoir au moins cinquante ans et jouir de ses droits civiques et politiques.

En ce qui concerne ses pouvoirs, ils sont limités mais importants en cas de crise. Ils se révèlent surtout dans sa capacité à nommer le président du Conseil et, ensuite, les ministres sur proposition de ce dernier.

Il a aussi le pouvoir de dissoudre les Chambres, une arme de dissuasion souvent utilisée lors de crises politiques en Italie. Cette république au régime parlementaire a ainsi déjà connu 64 gouvernements depuis 1946.

Durant la crise financière en 2011, au moment où les marchés se déchaînaient contre l'Italie, le président Giorgio Napolitano, n'avait pas hésité à prêter son concours à l'opération d'éviction de Silvio Berlusconi, nommant ensuite l'ex-commissaire européen Mario Monti à la tête du gouvernement. Silvio Berlusconi avait dénoncé un coup d’État et réclamé des élections anticipées, en vain.

La Ligue et Le M5S avaient réclamé des élections anticipées après le non des Italiens au référendum constitutionnel fin 2016, voulu par l'ex-chef de gouvernement Matteo Renzi. Ce dernier avait certes démissionné mais Sergio Mattarella avait refusé de dissoudre le Parlement.

Giuseppe Conte
© AFP

Comment destituer le président

Ce dimanche, le chef du Mouvement 5 Étoiles, Luigi Di Maio, a déclaré qu’il chercherait à obtenir du Parlement la destitution du président Sergio Matterella, dont le mandat court jusqu'en 2022. En cause, le veto de ce dernier, qui a déclenché la colère des partis antisystème : "Disons-le clairement qu'il est inutile d'aller voter, puisque les gouvernements ce sont les agences de notation, les lobbies financier et bancaire qui les font. Toujours les mêmes", s'est insurgé Luigi Di Maio.

Il compte ainsi invoquer l'article 90 de la Constitution italienne, permettant de mettre en accusation le chef de l'Etat pour "haute trahison" ou "atteinte à la Constitution". C'est le Parlement réuni en séance commune et statuant à la majorité absolue de ses membres qui devra prendre une décision.

En ce qui concerne le ton du secrétaire fédéral de la Ligue (extrême droite), il est différent: "Nous devons garder la tête froide (...) Certaines choses ne peuvent pas se faire sous le coup de la colère (...) Je ne veux pas parler de destitution", a déclaré Matteo Salvini dans une interview accordée à Radio Capital. La Ligue et le M5S "ont une majorité parlementaire", a-t-il rappelé. "Nous verrons si nous pouvons entamer une discussion sur la loi électorale au Parlement".

© AFP