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"Fake news", "terrible person"... après avoir été victime des attaques incessantes de Donald Trump, Jim Acosta, le journaliste sans langue de bois, s'est vu retirer son droit d'accès à la Maison Blanche. 

La guerre menée par Trump contre les médias a atteint un point culminant mercredi avec l'éviction de la Maison Blanche de Jim Acosta, journaliste de CNN, après la conférence de presse. Le président a très peu apprécié la question posée par le journaliste au sujet du clip de campagne concernant les migrants d'Amérique Centrale en marche vers la frontière américaine. Mais c'est surtout son refus de se taire face au dirigeant des Etats-Unis et de rendre le micro qui aura coûté à Acosta sa précieuse accréditation lui permettant d'aller et venir dans les couloirs de la célèbre White House. 

Si l'excuse trouvée par le président pour lui reprendre son droit d'accès fait allusion à un "geste déplacé" qu'aurait eu le journaliste envers une stagiaire qui aurait essayé de lui reprendre le micro, un bref regard aux vidéos de la conférence de presse suffit à comprendre qu'il n'en fut rien et que Trump a tout bonnement sauté sur l'occasion pour se débarrasser d'un ennemi de longue date. 


Un journaliste qui n'a pas froid aux yeux

C'est en 1993 que Jim Acosta entame sa carrière de journaliste. Fils de réfugié cubain, le jeune Acosta ne met pas longtemps à trouver sa place. Débutant dans des radios locales, il grimpe très vite les échelons. Il rejoint alors la célèbre chaîne de radio américaine CBS. 

L'ouragan Katrina et la guerre en Irak sont autant de sujets traités par le journaliste qui lui permettent de se faire définitivement un nom dans le milieu. Engagé par CNN en 2007, Jim Acosta couvre pas moins de quatre élections présidentielles. Il suit de près les moindres mouvements des différents présidents puisqu'il reçoit en 2013 la précieuse accréditation lui ouvrant les portes de la fameuse Maison Blanche. Mais si le journaliste s'est particulièrement fait remarquer ces derniers mois suite à ses altercations avec le président républicain, il était déjà bien connu par les prédécesseurs de Trump pour ses prises de position tranchées. 

Ainsi, en 2015, il n'hésite pas à s'en prendre à Barack Obama au sujet de l'Etat islamique. "Pourquoi ne pouvons-nous pas sortir ces bâtards?", s'était ainsi emporté le journaliste de CNN. Ou encore, en déplacement avec le même président à la Havane à Cuba, Jim Acosta en profite pour questionner avec entrain le chef d'Etat cubain, Raul Castro, sur les droits de l'homme dans son pays.

© AFP


La montée de Trump au pouvoir, le début des problèmes pour Acosta

Mais la carrière de l'homme prend une tout autre tournure avec l'arrivée de Trump au pouvoir. Alors que le journaliste a jusqu'alors pu entretenir un dialogue toujours cordial avec les différents chefs d'Etat, ce sera loin d'être le cas avec le milliardaire qui le prend très vite en grippe. Ainsi, en janvier 2017, le nouveau président refuse de répondre à ses questions attaquant directement CNN qui, selon lui, relaye des "fake news". S'en suit une véritable escalade de la violence verbale de la part de Trump qui soit refuse tout bonnement de répondre au journaliste, soit l'insulte personnellement.

Il a même été dernièrement jusqu'à qualifier Acosta de "personne horrible", déclarant que CNN devrait avoir honte d'avoir engagé un tel journaliste. Des joutes verbales qui ont un véritable impact sur la vie du journaliste de 47 ans qui doit dorénavant être accompagné d'un agent de sécurité au cours de ses déplacements. Acosta est également souvent pris à parti pendant des meetings du président républicain. Le journaliste a même déclaré à Variety recevoir quotidiennement des menaces de mort

Mais ce qui inquiète particulièrement le journaliste de CNN, ce n'est pas tant sa propre sécurité que celle de la presse en général. Le climat délétère qui se serait installé à la Maison Blanche depuis l'arrivée au pouvoir de Trump constitue un véritable obstacle au travail des journalistes, sans cesse, pris à parti par le président. Or la liberté de la presse, Jim Acosta en a fait son véritable cheval de bataille. 

Dorénavant, le journaliste devra continuer son combat à l'extérieur des murs de la Maison Blanche dont il a été banni ce mercredi. Mais une chose est sûre: il ne semble pas prêt à rendre les armes.