International L’une après l’autre, les personnalités arrêtées le 4 novembre sont libérées. Mais elles doivent payer.

Le milliardaire saoudien, le prince Al-Walid ben Talal, a été libéré samedi après près de trois mois de détention . Agé de 62 ans, il était le plus haut placé des quelque 350 personnalités dont des princes, des ministres, des ex-ministres et puissants hommes, détenues notamment à l’hôtel Ritz-Carlton de Riyad, dans le cadre d’une campagne lancée le 4 novembre par le prince héritier Mohammed ben Salmane, fils du roi et homme fort du pays.

Classé parmi les plus importantes fortunes du monde, cet homme d’affaires est le petit-fils de deux figures historiques du monde arabe : le roi Abdelaziz al-Saoud, fondateur de l’Arabie saoudite, et Riad al-Solh, premier chef de gouvernement de l’histoire du Liban. Après des études de commerce et de sciences sociales aux Etats-Unis, le prince Al-Walid a fait sa première apparition dans le monde politico-économique à la fin des années 1980 lorsqu’il a commencé à construire ce qui est devenu un empire mondial comprenant des banques, des hôtels de luxe et des médias.

Une joute avec Trump sur Twitter

Il a cultivé ces dix dernières années l’image d’un investisseur rusé, partisan d’une modernisation de l’Arabie saoudite. Il est par ailleurs apparu comme un pourfendeur du président américain Donald Trump. En décembre 2015, il s’en était vivement pris à M. Trump pour avoir proposé, alors qu’il était en campagne pour les primaires républicaines, d’interdire aux musulmans d’entrer aux Etats-Unis. "@realDonaldTrump Vous êtes une honte, non seulement pour le GOP (parti républicain), mais aussi pour toute l’Amérique", avait écrit le neveu de l’actuel roi Salmane. "Le stupide prince @Alwaleed_Talal veut contrôler nos hommes politiques américains avec l’argent de son papa", avait rétorqué M. Trump.

A l’opposé, son cousin, le jeune prince héritier Mohammed ben Salmane, est un allié de M. Trump.

Propriétaire du George-V et de la Century Fox

L’arrestation début novembre du prince milliardaire avait fait des remous sur les marchés financiers, faisant notamment baisser le cours des actions de Kingdom Holding Company, la société internationale d’investissements que le prince Al-Walid détient à 95 %. Le groupe avait néanmoins assuré que les affaires se poursuivaient.

La Kingdom Holding Company possède notamment le célèbre hôtel de luxe George-V sur les Champs-Elysées à Paris. Interrogé samedi si le prince Al-Walid allait rester à la tête de la Kingdom Holding Company, une source gouvernementale saoudienne a répondu par l’affirmative. Elle a ajouté que le milliardaire avait été libéré après un "arrangement" financier non précisé. Le prince Al-Walid possède aussi des actions dans le réseau social Twitter et le studio de cinéma américain 21st Century Fox. Le magazine Forbes estimait en 2017 que le prince pesait 18,7 milliards de dollars, ce qui le mettait à la 45e place de son dernier classement des fortunes mondiales.

Al-Walid est aussi philanthrope. Défenseur des droits des femmes, il avait lancé fin 2016 un vibrant appel pour que les femmes en Arabie saoudite obtiennent le droit de conduire, ce qu’elles seront autorisées à faire à partir de juin 2018.

Si en surface Al-Walid et Mohamed ben Salmane semblent partager les mêmes idées, notamment sur les questions de société, des rumeurs circulent depuis longtemps dans les cercles du pouvoir sur une intense rivalité entre les deux cousins.