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Qui sème la misère, récolte la colère". De tous les slogans scandés, dimanche après-midi dans les rues du centre de Bruxelles, par les dizaines de milliers de manifestants (70000 selon les organisateurs; 30000 d’après la police) venus dire "Stop au massacre à Gaza", celui-là reflète sans doute le mieux le sentiment de la plupart des protestataires. C’est en effet la colère qui prévaut dans l’assistance, en très large majorité issue de l’immigration arabe, au fil du long cortège qui rallie la gare du Midi à la gare du Nord par les grands boulevards.

Colère à l’égard d’Israël et des Etats-Unis, d’abord. Le premier est accusé d’un massacre - "Ce n’est pas une guerre; c’est un massacre", prévient un calicot à l’attention des médias - et les seconds sont accusés de le cautionner. "Israël, assassin; Israël, assassin" : le slogan monte de la foule compacte rassemblant hommes, femmes, enfants et vieillards.

Colère aussi à l’égard de l’Union européenne, coupable de regarder les Palestiniens de Gaza se faire massacrer sans rien faire : "Silence, on tue !", "Israël bombarde; l’Europe regarde"; "Europe, Onu, stoppez la barbarie", disent les banderoles ou les slogans. Un autre est encore plus interpellant : "Union européenne, ne confond pas devoir de mémoire et complicité". Et plusieurs participants en appellent à sanctionner Israël, notamment par la suspension des accords entre l’UE et l’Etat hébreu.

Colère enfin à l’égard des certains pays ou dirigeants arabes, accusés de "complicité" avec Israël. "Moubarak assassin", crie un manifestant. Mais ils sont tout de même peu nombreux à reprendre cette exhortation

Les participants les plus politisés arborent, en tout cas, des portraits d’autres "héros" : celui du chef du Hezbollah chiite libanais, cheikh Hassan Nasrallah, est celui qui fleurit le plus à côté des drapeaux jaunes du mouvement islamiste auréolé, dans l’entendement palestinien, du prestige d’avoir résisté à l’armée israélienne lors de la guerre de 2006. Un autre montre un mentor du Hezbollah et du Hamas, l’ayatollah Ali Khamenei, le Guide suprême de la Révolution iranienne. Enfin, le président vénézuélien Hugo Chavez a l’honneur de nombreux calicots, un soutien plus inattendu mais justifié par le renvoi de l’ambassadeur israélien de Caracas : "Bravo Chavez. A quand des sanctions ?".

Des sanctions, la députée socialiste Karine Lalieux les appelle de ses vœux. Elle se dit satisfaite de la réaction du gouvernement belge. Mais souhaiterait que "l’Union européenne se montre plus offensive" et conteste la volonté affichée par l’Union, avant le déclenchement de la guerre, de rehausser les relations avec l’Etat hébreu. Même écho de la part de la coprésidente d’Ecolo, Isabelle Durant, qui trouve "incompréhensible" l’attitude de l’UE.

Le député régional wallon MR Richard Miller se veut moins sévère avec l’UE, saluant l’action du commissaire européen Louis Michel.

Des juifs progressistes

De tous les partis démocratiques francophones présents - le PS avec Elio Di Rupo, Philippe Moureaux ou André Flahaux; le CdH avec Joëlle Milquet; Ecolo avec Isabelle Durant ou Josy Dubié - la formation libérale est la plus discrète. Richard Miller explique sa présence, "en accord avec le président Didier Reynders", par la volonté de son parti de "promouvoir le dialogue entre les démocrates des deux camps". Et quand on lui demande si cela ne devrait pas englober le Hamas, vainqueur des élections démocratiques palestiniennes, il rétorque que "tant que le Hamas se comporte comme une force terroriste, on ne peut pas négocier avec lui".

Présence à tout le moins courageuse (lire aussi ci-dessous), comme l’est plus encore celle d’une délégation de l’Union des progressistes juifs de Belgique.

Un de ses administrateurs, Boris Gvirtman, bien conscient de pouvoir être accusé de côtoyer des extrémistes dans pareille manifestation, explique que "nous ne pouvions pas ne pas prendre ce risque et rester chez nous" en regard de ce qui se passe à Gaza. Disons simplement que, pour notre part, nous n’avons pas été témoin de propos antisémites.