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Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) sont formées d’anciens soldats rwandais du régime Habyarimana, qui prépara le génocide de 1994; d’anciens Interahamwes, la milice génocidaire de l’ex-parti unique MRND fer de lance des massacres; de jeunes Hutus les ayant rejoints soit à partir des camps de réfugiés au Kivu (est du Congo) soit après leur démantèlement (1996), et formés à l’idéologie des premiers, qui conduisent le mouvement.

"Pour impressionner"

En 2001, dans leur "Memorandum sur la problématique de la crise rwandaise", les FDLR présentaient le génocide comme " des massacres interethniques " que Kigali avait réussi "à faire qualifier" de "génocide des Tutsis par les Hutus" . Ce texte reprenait aussi des phrases que l’on croyait appartenir à l’histoire des génocides, telle que celle accusant les Tutsis d’" utiliser leurs filles pour infiltrer les missions diplomatiques, le monde des affaires et les milieux politiques" . Il accusait Kigali d’avoir monté de toutes pièces les monceaux de cadavres des victimes du génocide "pour impressionner la communauté internationale".

Depuis leur défaite et leur fuite du Rwanda devant les troupes du Front patriotique rwandais (FPR, guérilla essentiellement tutsie, aujourd’hui au pouvoir à Kigali), pour rejoindre le Kivu où ils noyautaient les camps de réfugiés, ils ont porté plusieurs noms. De quelque 150 000 au Congo dans les années 90, ils ne seraient plus aujourd’hui que 6 000 à 8 000 hommes.

Un grand nombre d’entre eux sont, en effet, rentrés au Rwanda sans dommage. Beaucoup y ont été intégrés dans l’armée. Ceux qui restent au Congo sont vraisemblablement les plus durs ou les plus persuadés qu’ils ne pourront pas échapper à un jugement pour participation au génocide.

Une plaie pour le Kivu

Avec les années, les FDLR représentent de moins en moins une menace immédiate pour le Rwanda. En revanche, ils sont devenus une véritable plaie au Kivu, où ils contrôlent de larges territoires et sont les auteurs des crimes les plus cruels.

En juillet 2007, la rapporteuse spéciale du Conseil des droits de l’homme de l’Onu pour les violences contre les femmes jugeait qu’ils étaient les auteurs de "la plupart des cas" de violences sexuelles au Sud-Kivu. Leurs attaques "sont d’une brutalité inimaginable, qui va bien au-delà du viol (...). A de nombreux égards, ces atrocités rappellent celles commises par les Interahamwes pendant le génocide rwandais".

Depuis qu’en 1998, feu le président Laurent Kabila s’est retourné contre ses anciens alliés, l’Ouganda et le Rwanda, les FDLR sont entrés dans l’armée congolaise où leurs qualités militaires ont été, depuis lors, mises à profit, ou collaborent avec elle. Rien d’étonnant, donc, si l’armée de Kinshasa les approvisionne et participe très mollement aux expéditions officielles de désarmement des FDLR.

Il s’agit de désarmer de force ceux qui n’ont pas voulu le faire volontairement; les autres se sont vu offrir le choix entre un retour au Rwanda ou le droit de séjour - mais sans arme et loin de la frontière - au Congo.

Kigali a toujours refusé les conditions mises par la direction des FDLR à leur retour : le faire en groupe, participer à "un dialogue interrwandais" qui redistribuerait le pouvoir; pas de reconnaissance des tribunaux qui jugent les accusés de génocide.

Pour Kigali, ils ont "le droit au retour" mais si un tribunal les poursuit, "je ne vois pas pourquoi ils constitueraient une classe de privilégiés, pourquoi ils ne répondraient pas de leurs actes, alors que ceux d’ici, qui n’ont pas continué leur entreprise criminelle après le génocide, sont en ce moment jugés au Rwanda", expliquait en 2005 le ministre rwandais des Affaires étrangères, Charles Murigande.