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Raul Castro a succédé officiellement dimanche à son frère Fidel à la tête de l'Etat cubain, élu par la nouvelle Assemblée pour un mandat de cinq ans, a annoncé le président du Parlement Ricardo Alarcon. José Ramon Machado, autre figure historique de la "vieille garde" cubaine, a été proposé pour le poste de numéro deux, selon ces parlementaires.

Le choix de ces deux hommes a été communiqué à des membres de la presse en marge des travaux de l'Assemblée cubaine, qui devait entamer peu après son vote sur la composition du Conseil d'Etat, l'exécutif, et sur sa présidence, la magistrature suprême à Cuba.

L'Assemblée nationale cubaine a entamé ses travaux, en présence de Raul Castro, favori pour une nouvelle présidence, et en l'absence du "lider maximo" sortant.

La séance a été ouverte par la présidente de la Commission nationale électorale et ministre de la Justice, Maria Esther Reus, à 10H00 locales (15H00 GMT) devant les 614 députés. Le chef sortant du Parlement, Ricardo Alarcon, a ensuite pris la présidence des travaux.

Historique, cette première séance de la nouvelle Assemblée, élue le 20 janvier, va entériner le choix du fondateur du régime, qui, à 81 ans, invoquant sa santé défaillante, a renoncé mardi à briguer un nouveau mandat, après 49 ans de pouvoir sans partage.

Fidel Castro a voté dimanche pour son successeur depuis l'hôpital où il poursuit sa convalescence. Son vote a été recueilli dans une urne scellée que son ancien secrétaire particulier, Carlos Valenciaga, est venu lui porter.

Pour la plupart des Cubains, dont sept sur 10 n'ont connu d'autre président que Fidel Castro, Raul Castro, 76 ans, qui assure déjà depuis juillet 2006 l'intérim à la tête du pays, faisait figure de grand favori, pour un présidence gardienne de l'héritage, mais décidée à faire évoluer l'île communiste.

Visiblement tendu, Raul Castro, vêtu d'un costume civil sombre et d'une cravate, a salué de la main les députés présents sous les applaudissements. Homme de la continuité, ministre de la Défense depuis 1959, le général cubain se veut l'homme des "petits pas", devant l'imposante liste des problèmes légués par la gestion de son frère, sources d'impatience croissante dans la population.

"Indubitablement, il est le camarade qui a la plus grande autorité après moi et la meilleure expérience. Aussi possède-t-il toutes les qualités pour me succéder", a dit de lui Fidel Castro dès 2001.

Dans son message de départ, il a annoncé qu'il se faisait désormais le "soldat des idées", depuis sa suite d'un hôpital de La Havane où il peine à se rétablir d'une grave hémorragie intestinale survenue il y a 19 mois.

Vendredi, Fidel Castro a raillé les appels au changement qui ont suivi l'annonce de son retrait. "Changement ! Changement ! Changement ! (...) Je suis d'accord: changement ! Mais aux Etats-Unis", a-t-il écrit dans la presse officielle.

L'unique fille de Fidel Castro, Alina Fernandez, exilée aux Etats-Unis, a jugé dimanche sur CNN que son père était très gravement malade.

Les pays occidentaux, Washington en tête, attendent du nouveau président cubain qu'il démocratise un régime communiste monolithique, en commençant par la libération des quelque 240 prisonniers politiques.

Dimanche, la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, évoquant "l'héritage de cinq décennies de tyranie", a pressé La Havane "d'entamer un processus de changement démocratique pacifique."

Rien n'a filtré des préparatifs d'une succession vraisemblablement réglée au millimètre par les deux frères.

Soumise à un embargo économique des Etats-Unis et aux critiques occidentales pour ses atteintes aux droits de l'Homme, Cuba continue de jouir d'un certain prestige aux yeux de pays en développement et des derniers Etats communistes: Chine, Vietnam, Corée du Nord et Laos.

Isolée, la dissidence est partagée entre l'espoir d'un assouplissement et sa méfiance envers Raul Castro, qui a la haute main sur la puissante police politique.