International Le Premier ministre français, Edouard Philippe, et son ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, se sont rendus vendredi dernier à Lassigny, dans l'Oise, dans le nord de la France. Le déplacement n'était pas le fruit du hasard puisque le but était d'y dévoiler, dans une usine de l'Oréal, un "plan pour protéger les entreprises françaises".

Comme à l'accoutumée, de nombreux journalistes, caméramans, preneurs de son, ont demandé en amont de la visite à être accrédités pour suivre la visite des deux ministres. Démarche similaire pour une équipe de France 3 composée d'une journaliste, d'un caméraman et d'un preneur de son. Tous les trois sont accrédités pour la visite.

Mais sur place, changement de planning, explique la journaliste Marie Roussel. Elle n'est pas autorisée à rentrer dans l'usine. "Il n'y avait de la place dans l'usine, ni pour moi, ni pour mes questions. (...) C'est vrai que les ateliers sont un peu exigus. L'entreprise ne fait de 45.000 mètres carrés."

En échange, la journaliste reçoit un livret sur papier glacé "avec plein de photos de rouge à lèvres et de shampoing", détaille la rédactrice de France 3. Dans ce dossier, on apprend également que "l'Oréal est un modèle d'excellence sociale et sociétale qui contribue au rayonnement économique de la France dans le monde".

"Certes, reprend la journaliste. Mais moi, j'aurais bien voulu savoir comment les 475 salariés de Lassigny voient leur avenir au-delà de ces annonces. Ils travaillent de plus en plus avec des robots, pardon, des 'cobots', des robots collaboratifs. C'est évidemment un progrès technique, mais c'est aussi une source de stress et d'isolement selon les syndicats." Mais ses questions, la journaliste ne pourra jamais les poser aux deux membres du gouvernement en visite dans l'Oise. Le seul moment où la journaliste aura pu croiser le Premier ministre, c'est lors de son discours, dans une salle avec petits fours... 

"Rappelons ce qu'est un reporter étymologiquement, conclut la rédactrice. C'est quelqu'un qui rend compte de ce qu'il a vu. Or, lors de cette visite, je n'ai rien vu. Matignon et l'Oréal verrouillent tout. Cela s'appelle de la communication, pas du journalisme."