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"Foncièrement pacifiste" : Rémi Fraisse, mort dimanche sur le site du barrage contesté de Sivens (Tarn), était un botaniste de 21 ans amateur de reggae, qui préférait les plantes au militantisme radical, selon ses proches et sa famille.

"Rémi, un jeune homme sans histoire qui s'est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment", témoigne dans un tweet Pascal Barbier, conseiller municipal de Plaisance-du-Touch, dans la banlieue ouest de Toulouse, où réside le père de Rémi, Jean-Pierre Fraisse.

Dans une photo diffusée par l'élu écologiste, on peut voir un jeune homme souriant, cheveux longs en dreadlocks, barbe noire, au profil plus proche du "baba-cool" que de l'activiste jusqu'au-boutiste.

Né le 31 août 1993 à Toulouse, le jeune homme a étudié à l'Université Paul-Sabatier de Toulouse, confirme un syndicat d'étudiant, avant de décrocher un BTS en gestion et protection de l'environnement.

Il était bénévole botaniste pour Nature Midi-Pyrénées, affiliée à France Nature Environnement (FNE). Il "assurait la coordination du suivi de la Renoncule à feuille d'ophioglosse", une sorte d'herbe vivace à feuille de fougère, explique la FNE, une organisation qui a toujours prôné la non-violence.

Comme tout jeune de son âge, il avait "plein de projets: un voyage en Amérique du Sud, la reprise d'une école mais surtout l'achat d'un terrain. Il souhaitait monter une exploitation de plantes médicinales", racontent des amis sous couvert de l'anonymat, qui disent le connaître "depuis le collège".

Dans un témoignage qu'ils ont diffusé mercredi avec sa sur Chloé sur "Reporterre", site alternatif écologiste, ils évoquent "quelqu'un de gentil et de doux". "Il était très tolérant, sincère, honnête, mais un peu grande gueule. Rémi n'avait aucune implication dans des mouvements politiques organisés", écrivent-ils.

"Il appréciait beaucoup le reggae. Il avait un jour récupéré un bout de bois mort et creusé lui-même un didgeridoo" (instrument à vent des aborigènes australiens).

"Ce n'était pas un militant, encore moins un activiste. Mais il s'intéressait à la protection de l'environnement. Comme il connaissait d'autres personnes qui allaient (à Sivens, ndlr), il a voulu s'y rendre pour afficher un soutien pacifique", selon ses proches.

- Venu à Sivens "un peu en touriste" -

Le site de la retenue d'eau, il y est venu "presque par hasard". "Rémi était quelqu'un de foncièrement pacifiste", affirment ses amis, corroborant des témoignages, recueillis sur place par l'AFP, de militants qui ont croisé Rémi et disent qu'il participait à "une de ses premières manifs".

Il est venu samedi sur le site du barrage "un peu en touriste, avec sa copine", a confirmé sur iTélé le père de Rémi, Jean-Pierre Fraisse, conseiller municipal de Plaisance-du-Touch.

Et dans son sac à dos, il n'avait pas de cocktails Molotov, comme la rumeur l'a parfois laissé entendre, mais "juste une bouteille de vin et des gâteaux apéritifs", assure Anna, la petite amie de Rémi, sur Reporterre.

"Rémi a rencontré plein de gens, chantait des chansons. Il y avait un bon esprit. C'est là dedans que nous voyions notre place", raconte-t-elle.

"Vers deux heures moins le quart, dans la nuit, des amis sont allés plus loin voir ce qui se passait" à l'autre bout du site, où des opposants affrontaient des forces de l'ordre.

"Rémi a voulu y aller. Le spectacle était très violent. Nous n'avions jamais vécu ça. Rémi avait un peu bu dans la soirée, mais n'était pas ivre. Je l'ai vu partir d?un coup en criant +Allez, faut y aller !+ Il n'a pas mesuré ce qui l'attendait. Les flics ont tiré en rafale (des grenades lacrymogènes et au moins une grenade offensive, ndlr), je me suis écartée pour me mettre à l'abri. Quand je me suis retournée, Rémi n'était plus là."

"J'ai crié son nom dans le champ. J'ai passé la nuit dehors à le chercher. J'avais cru qu'il avait été embarqué. Je n'aurais jamais pu imaginer qu'il arriverait un tel événement."